Frise chronologique
vers 1125-1170
Construction probable de la chapelle
Construction probable de la chapelle
vers 1125-1170 (≈ 1148)
Débat bénédictin vs. chartreux pour la paternité.
1176-1183
Donation d'Henri II aux Chartreux
Donation d'Henri II aux Chartreux
1176-1183 (≈ 1180)
Transformation du site en chartreuse après rachat.
1280
Ordonnance de destruction des fresques
Ordonnance de destruction des fresques
1280 (≈ 1280)
Décision non appliquée par les Chartreux.
XVIe siècle
Abandon de la chapelle
Abandon de la chapelle
XVIe siècle (≈ 1650)
Dégradation progressive du monument.
1862
Classement Monument Historique
Classement Monument Historique
1862 (≈ 1862)
Première protection officielle par l'État.
2007
Transfert à la commune de Sennevières
Transfert à la commune de Sennevières
2007 (≈ 2007)
Changement de propriétaire après convention.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
La chapelle (domaine public ; non cadastré) : classement par liste de 1862
Personnages clés
| Henri II (roi d'Angleterre) - Donateur du domaine |
Rachète le Liget à Villeloin pour les Chartreux. |
| Aymar Pierre Verdier - Peintre et restaurateur (XIXe s.) |
Auteur d'aquarelles documentant l'état en 1850. |
| Voichita Munteanu - Historienne de l'art |
Auteure d'une thèse sur les fresques (1976). |
| Christophe Meunier - Historien (2011) |
Propose une datation et analyse symbolique. |
| Angelico Surchamp - Médiéviste bénédictin |
Étudie les fresques (années 1960). |
Origine et histoire
La chapelle Saint-Jean-du-Liget, située à Sennevières (Indre-et-Loire), est un édifice roman du XIIe siècle, probablement construit entre 1125 et 1170. Son origine reste débattue : certains historiens l'attribuent aux Bénédictins de l'abbaye de Villeloin, d'autres aux Chartreux du Liget après 1150. Son plan circulaire, inspiré du Saint-Sépulcre de Jérusalem, en fait un monument unique en Touraine. La chapelle était initialement composée d'une rotonde précédée d'une nef, aujourd'hui disparue.
Les fresques intérieures, parmi les mieux conservées d'Indre-et-Loire, datent probablement de la première moitié du XIIe siècle. Elles représentent des scènes bibliques (Nativité, Descente de Croix) et des figures de saints organisées hiérarchiquement autour des baies. Leur style rappelle l'influence clunisienne plutôt que cartusienne, ce qui alimenta les débats sur la paternité bénédictine de l'édifice. Une ordonnance de 1280 des Chartreux demandant la destruction de ces peintures suggère qu'elles préexistaient à leur arrivée.
La chapelle fut rattachée à la chartreuse du Liget jusqu'à la Révolution française. Déjà en ruine au XVIIe siècle, elle fut classée Monument Historique en 1862 et restaurée par l'État dans les années 1860. La nef, disparue avant 1850, fut remplacée par un mur diaphragme. Les fresques, dégradées par l'humidité, firent l'objet de restaurations au XIXe siècle, en 1925, dans les années 1960 et en 2009. Depuis 2007, la chapelle appartient à la commune de Sennevières, mais son accès reste exceptionnel pour préserver les peintures.
L'architecture combine une rotonde voûtée en coupole (7,2 m de diamètre) et une corniche décorée de 45 modillons sculptés. Les dimensions, peut-être symboliques (12 coudées pour la rotonde comme les Apôtres, 7 pour la nef comme les jours de la Création), et l'orientation liturgical soulignent son caractère sacré. La chapelle servit initialement de lieu de culte pour les moines avant d'être abandonnée au XVIe siècle.
Les études récentes (Meunier, 2011) soulignent l'unicité de son iconographie, mêlant cycles marial et apocalyptique. Les fresques du deuxième registre, les mieux conservées, incluent une rare représentation de la Présentation de Jésus au Temple. Le quatrième registre, aujourd'hui effacé, évoquait probablement l'Apocalypse avec les sept cités d'Asie Mineure. Ces peintures, attribuées à un seul artiste, témoignent d'un savoir-faire exceptionnel pour l'époque.
La chapelle illustre les tensions entre Bénédictins et Chartreux en Touraine au XIIe siècle. Son histoire reflète aussi l'évolution des pratiques religieuses : du lieu de prière monastique au monument patrimonial protégé. Les débats sur sa dédicace à saint Jean (attestée par un texte du XIVe siècle mais contestée) et l'absence de saints chartreux dans ses fresques renforcent son mystère historique.