Origine et histoire de la Chapelle Saint-Mathieu
La chapelle Saint-Mathieu, située au hameau éponyme dans la commune de Guidel (Morbihan), est un édifice religieux du XVe siècle de style gothique flamboyant. Son plan en croix latine, avec un chevet plat, est caractéristique de l’architecture sacrée bretonne de cette époque. Une inscription datée de 1487, gravée au-dessus de la porte ouest du transept sud, atteste de sa construction initiée le 20 mai 1487 par Mahe Audren, probablement sous le patronage des familles Chefdubois (seigneurs de Trovern et Kerdudo à Guidel) et Rosmadec (seigneurs de Penhoat à Ploemeur), dont les armoiries ornent les consoles encadrant la maîtresse-vitre. Ce monument, classé partiellement aux Monuments Historiques depuis 1934, symbolise l’influence des élites locales dans la fondation des lieux de culte ruraux.
Au fil des siècles, la chapelle a subi plusieurs transformations majeures. Au début du XVIIe siècle, la nef est reconstruite avec des éléments réemployés du portail d’origine, et une porte Renaissance est ajoutée sur le mur sud. En 1668, une sacristie est érigée (marquée par l’inscription « L : LE POGHAM F[ecit ?] 1668 »), tandis qu’en 1849, deux fenêtres percent le mur sud et un nouveau clocher remplace l’ancien, situé à l’origine à la croisée du transept. La voûte en brique à nervures, installée en 1888 par Bernard-Ratton (disciple de l’abbé Brisacien), remplace un lambris en bois. Ces modifications reflètent l’évolution des besoins liturgiques et esthétiques, tout en préservant des traces des phases antérieures, comme les quatre colonnes intérieures supportant l’ancien clocher.
Le mobilier et les décors intérieurs témoignent de la richesse artistique de la chapelle. Parmi les pièces remarquables figurent une sainte Anne trinitaire du XVe siècle (classée en 1958), un Christ en croix du XVIIIe siècle, et des vitraux du XIXe siècle signés « J. Fournier Tours 1888-1889 » (inscrits en 1928). La maîtresse-vitre représente saint Mathieu inspiré par des anges, tandis que d’autres vitraux illustrent des saints locaux comme saint Éloi ou saint Cornély. Le maître-autel du XVIIIe siècle, les autels secondaires, et une statue contemporaine de saint Mathieu (1991, par André Jouannic) complètent cet ensemble. À l’extérieur, une fontaine du XVIIe siècle (datée de 1660), un placître, et des statues-acrotères (animaux, personnages) soulignent le caractère sacré du site.
La chapelle est au cœur de traditions vivaces, notamment le pardon annuel, célébré le troisième dimanche de septembre et relancé par l’association « Les Amis de la Chapelle Saint-Mathieu » (créée en 1985). Ce rassemblement, décrit par Étienne Guyomar (né en 1904) comme un événement majeur du début du XXe siècle, mêlait messes en breton, repas communautaires, luttes bretonnes, et foire locale (étals de charcuterie, mirlitons, médailles). Les Guyomar, trésoriers héréditaires de la chapelle jusqu’en 1917, organisaient ces festivités, reflétant la vie sociale et religieuse d’un hameaux rural prospère, marqué par l’agriculture (vergers, prairies) et une foi populaire intense. Aujourd’hui, la chapelle accueille aussi des concerts estivaux dans le cadre du festival « 7 chapelles en arts ».
L’édifice et son environnement (fontaine, enclos, croix de granit) illustrent l’art sacré breton, entre mécénat seigneurial, dévotion populaire, et adaptations architecturales. Les commanditaires initiaux, les Chefdubois et Rosmadec, appartenaient à la noblesse locale, tandis que les aménagements postérieurs (XVIIe–XIXe siècles) révèlent l’implication des paroissiens et des artisans, comme Le Pogham (sacristie, 1668) ou Bernard-Ratton (restauration, 1888). La chapelle, propriété de la commune, reste un lieu de mémoire et de célébration, ancré dans le paysage culturel de la Bretagne sud.