Origine et histoire de la Chapelle Saint-Nicolas
La chapelle Saint-Nicolas de Plufur, située dans le département des Côtes-d'Armor en Bretagne, est un édifice religieux catholique construit en 1499. Elle incarne l’archétype du style Beaumanoir, caractérisé par un clocher-mur élancé et un chevet à trois pans percés de fenêtres surmontées de gables. Ce style, novateur pour l’époque, se répandit principalement dans le Bas-Trégor, ainsi que dans le Léon et la Cornouaille. La chapelle est considérée comme l’une des œuvres majeures de cette période, et son isolement géographique a permis sa conservation exceptionnelle, préservant ses éléments architecturaux intacts.
Une inscription gravée en breton, répartie sur le mur ouest, mentionne l’année 1499 et évoque deux noms : Philippe Beaumanoir, maître tailleur de pierre souvent crédité comme architecte, et Plusquellec, dont le rôle exact fait débat. Certains historiens, comme René Couffon et Pierre Barbier, attribuent la paternité de l’œuvre à Beaumanoir, tandis que Yves-Pascal Castel et Christian Millet suggèrent une collaboration entre Beaumanoir et Plusquellec, ce dernier pouvant être lié à la carrière de Bruillac. Cette controverse illustre la complexité de l’attribution dans les ateliers médiévaux.
La chapelle a subi plusieurs restaurations, notamment en 1914, dans les années 1960-1970, et en 1999 pour la consolidation du clocher. En 2010, de nouvelles portes et des vitraux, conçus d’après des croquis d’Hubert de Sainte-Marie, furent installés. Malgré ces interventions, l’édifice a conservé son authenticité, avec des éléments comme les gargouilles décoratives, les chimères, et une balustrade à mouchettes flamboyantes, typiques du style Beaumanoir. Classée Monument Historique en 1911, elle reste un témoignage rare de l’architecture religieuse bretonne de la fin du Moyen Âge.
Architecturalement, la chapelle se distingue par son plan en croix latine, son clocher-mur innovant (haut de 26,10 m), et son chevet à trois pans avec une couverture à noues multiples. L’intérieur, sobre mais élégant, abrite des fenêtres gothiques flamboyantes et des statues anciennes, bien que certaines aient été déplacées ou remplacées, comme celle de saint Nicolas, refaite par le sculpteur Lucien Prigent. L’ornementation extérieure, intégrée à la structure, met en valeur des sculptures de chimères et des crochets, reflétant un équilibre entre dépouillement et raffinement.
Située dans un site isolé de la vallée du Yar, près de Plufur, la chapelle est accessible par un chemin pédestre depuis Trémel. Elle attire les visiteurs pour son pardon annuel, célébré le dimanche proche du 15 août, et pour son rôle de prototype du style Beaumanoir, qui influença des édifices jusqu’au XVIIIe siècle. Son classement parmi les Monuments Historiques et sa préservation en font un patrimoine incontournable de la Bretagne, souvent qualifié de « joyau méconnu ».