Origine et histoire de la Chapelle Saint-Sauveur de Coadry
La chapelle Saint-Sauveur de Coadry, située à Scaër dans le Finistère, trouve ses origines dans une légende du Xe siècle. Selon celle-ci, un seigneur local, le comte de Trévalot, aurait promis de construire une chapelle après sa victoire contre un rival. Deux bœufs, laissés libres, s’arrêtèrent près d’un temple païen en ruine, désignant l’emplacement de l’édifice. Dès le début des travaux, des miracles furent rapportés : disparition de ronces, jaillissement d’une source aux vertus curatives, et apparition des « pierres de Coadry », talismans sacrés censés protéger contre divers maux. Ces pierres, vendues aux pèlerins, firent de la chapelle un lieu de dévotion majeur.
Au XIIe siècle, la chapelle fut incendiée par la populace, qui accusait les pèlerins d’une disette. Les « pierres de croix » furent dispersées jusqu’à Coray par la fumée. Deux siècles plus tard, le site fut dédié au Christ, et les pèlerinages reprirent avec ferveur. La chapelle, initialement tributaire des Templiers, passa sous la protection des Hospitaliers de Saint-Jean après la dissolution de l’ordre, jusqu’à la Révolution. Sa nef, datant du XIe siècle, et son chœur du XIVe ou XVe siècle, illustrent son évolution architecturale, mêlant styles roman et gothique.
La chapelle Saint-Sauveur fut inscrite aux monuments historiques le 17 mai 1933. Sa toiture fut restaurée en 1947, et un comité de sauvegarde, créé en 1984, obtint des financements pour des travaux débutés en 1986. Le site, entouré d’un placître arboré, abrite un calvaire du XIXe siècle et deux croix archaïques en granit. À l’intérieur, une statuaire baroque de 26 pièces, des fresques du XIXe siècle racontant la vie du Christ en breton, et des poutres peintes aux armes des familles bienfaitrices témoignent de son riche patrimoine.
Les pardons, célébrés au XIXe siècle, attiraient les fidèles pour des indulgences plénières ou partielles. Le pardon du Saint-Sacrement avait lieu le 2e dimanche après la Pentecôte, et un second le 4e dimanche de septembre. La chapelle, autrefois haut-lieu de dévotion, conserve une plaque funéraire datant de 1646, commémorant une marquise de la Roche, liée au château voisin de Trévalot, aujourd’hui disparu.
L’architecture de la chapelle reflète ses multiples campagnes de construction. La nef romane, à quatre travées, s’ouvre sur des bas-côtés par des arcs en plein cintre. Le chœur, de style gothique, présente des arcades ogivales et des fenêtres à remplages. Le clocher, monté sur le pignon occidental à la fin du XVe ou au début du XVIe siècle, fut partiellement restauré au XVIIIe siècle. Ce mélange de styles, associé à son mobilier et à ses légendes, en fait un monument emblématique du patrimoine breton.