Origine et histoire de la Chapelle Saint-Yves
La chapelle Saint-Yves, située à Rennes en Ille-et-Vilaine, est un édifice religieux construit au XVIe siècle, bien que ses origines remontent à 1494, date à laquelle elle remplace un oratoire du XIVe siècle. Elle fait partie d’un ancien hospice fondé en 1358 par le chanoine Eudon Le Bouteiller, prêtre du diocèse de Tréguier, dans un contexte de crise lié à la guerre de Succession de Bretagne. Cet hospice, dédié à la Vierge et placé sous l’invocation de saint Yves, canonisé en 1347, était destiné à accueillir les malades et les pauvres de la ville, en réponse aux ravages des sièges subis par Rennes, notamment celui de 1356-1357.
Au fil des siècles, l’hôpital Saint-Yves s’agrandit grâce à des donations et des fondations, passant de 82 lits en 1583 à 220 pauvres accueillis en 1630. Les religieuses Augustines de la Miséricorde de Dieppe y assurèrent les soins de 1644 à la Révolution française, avant de revenir en 1804 pour participer au transfert de l’hôpital vers son emplacement actuel en 1858. La chapelle, quant à elle, servit temporairement de lieu de culte pour le Chapitre cathédral entre 1754 et 1790, après la condamnation de la cathédrale Saint-Pierre, jugée dangereuse.
Transformée en quincaillerie après le déménagement de l’hôpital, la chapelle fut classée monument historique le 10 mars 1945. Rachatée par la ville de Rennes en 1981, elle fut restaurée et accueillit l’office de tourisme jusqu’en 2019, avant d’être mise en vente en 2025 pour un projet compatible avec sa valorisation patrimoniale. Son architecture, marquée par une nef rectangulaire et des sablières gravées du XVe siècle, en fait un témoignage rare de l’histoire hospitalière et religieuse de la ville.
La façade principale, côté rue Le-Bouteiller, présente une porte à arc surbaissé surmontée de trois niches vides, tandis que la façade latérale, rue Saint-Yves, offre quatre fenêtres, dont une imposante. À l’intérieur, la nef conserve des éléments historiques comme une voûte et des sablières du XVe siècle, bien que le retable de 1673 et le buffet d’orgue, mentionnés dans l’inventaire de 1793, aient disparu. Aujourd’hui, la chapelle incarne à la fois un patrimoine architectural et une mémoire collective, liée à l’évolution urbaine et sociale de Rennes.
Son histoire reflète aussi les transformations de la ville, notamment avec la canalisation de la Vilaine au XIXe siècle, qui entraîna la destruction progressive des bâtiments hospitaliers adjacents. Malgré ces bouleversements, la chapelle reste un symbole de la charité médiévale et de l’adaptation des édifices religieux aux besoins changeants de la société, passant d’un lieu de soin à un espace culturel et touristique.