Frise chronologique
878
Destruction viking du monastère
Destruction viking du monastère
878 (≈ 878)
Raids normands détruisant le monastère de saint Paul Aurélien.
939
Victoire d'Alain Barbetorte
Victoire d'Alain Barbetorte
939 (≈ 939)
Reconstruction de l'église après le départ des Normands.
Xe ou XIe siècle
Construction de l'église romane
Construction de l'église romane
Xe ou XIe siècle (≈ 1150)
Édification possible sous Juhel Beranger, comte de Rennes.
1550 (environ)
Ensablement de l'anse du Pénity
Ensablement de l'anse du Pénity
1550 (environ) (≈ 1550)
Déplacement de la population vers le bourg actuel.
1786
Réquisition royale
Réquisition royale
1786 (≈ 1786)
Église transformée en dépôt de munitions par le roi.
1860
Désensablement et effondrement partiel
Désensablement et effondrement partiel
1860 (≈ 1860)
Redécouverte des ruines avec dommages structurels.
30 juillet 1980
Classement monument historique
Classement monument historique
30 juillet 1980 (≈ 1980)
Protection officielle des vestiges de l'église.
depuis 2016
Restauration des ruines
Restauration des ruines
depuis 2016 (≈ 2016)
Travaux pour stabiliser les vestiges menacés.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Chapelle (cad. AI 28) : classement par arrêté du 30 juillet 1980
Personnages clés
| Saint Paul Aurélien - Évêque et fondateur du monastère |
Légende du dragon et construction du premier monastère. |
| Alain Barbetorte - Duc de Bretagne |
Reconstruction de l'église après les raids vikings. |
| Juhel Beranger - Comte de Rennes (hypothèse) |
Mécène potentiel de l'église romane (fin Xe siècle). |
| Gurmonoc (Wrmonoc) - Moine de Landévennec |
Auteur de la *Vie de saint Paul Aurélien* (884). |
Origine et histoire
La chapelle Sainte-Anne de l'Île-de-Batz est en réalité les vestiges d’une église romane dédiée à saint Paul Aurélien, édifiée entre le Xe et le XIe siècle. Elle se dresse sur l’emplacement d’un monastère fondé par ce saint breton, l’un des sept fondateurs de la Bretagne, qui y aurait vécu et serait mort en 594. L’église, détruite par les invasions vikings en 878, fut reconstruite après la victoire du duc Alain Barbetorte sur les Normands en 939. Ses ruines, partiellement ensevelies sous les dunes, furent redécouvertes en 1860, bien que leur désensablement mal conduit ait provoqué l’effondrement d’une partie de la nef.
Selon une légende rapportée dans la Vie de saint Paul Aurélien (884), le saint aurait libéré l’île d’un dragon en l’attachant avec son étole avant de le précipiter dans la mer. Cette étole, conservée dans l’église paroissiale actuelle, daterait en réalité du VIIIe siècle. Le monastère fondé par Paul Aurélien prospéra jusqu’aux raids vikings, qui en firent une base pour leurs expéditions. Après leur départ, l’église romane fut érigée grâce au mécénat possible du comte de Rennes Juhel Beranger, bien que cette datation (fin Xe siècle) reste débattue.
L’église Saint-Paul-Aurélien, de plan en croix latine, était le principal lieu de culte de l’île jusqu’au XVIIIe siècle. Son ensablement progressif, lié au Petit Âge glaciaire (vers 1550), força les habitants à se déplacer vers le bourg actuel, autour de la chapelle Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle. En 1786, l’église fut réquisitionnée par le roi comme dépôt de munitions, puis détruite pendant la Révolution. Ses ruines, classées monument historique en 1980, abritent aujourd’hui un oratoire dédié à sainte Anne, patronne de la Bretagne, célébrée chaque année lors d’un pardon.
L’édifice, long de 28 mètres, présente une nef à cinq travées, un transept peu marqué avec absidioles, et un chœur en cul-de-four. Ses murs en petits moellons irréguliers et ses arcs en plein cintre typiques du premier âge roman breton en font un témoignage rare de cette période. Parmi ses particularités, on note un pilier du transept orné de motifs géométriques et une dalle funéraire gravée au pied de l’autel. Depuis 2016, les ruines font l’objet de restaurations pour prévenir leur éboulement.
La chapelle actuelle, située au-dessus des ruines, est l’un des deux monuments classés de l’île avec le phare. Elle accueille chaque année, le dernier dimanche de juillet, un pardon en l’honneur de sainte Anne, attirant fidèles et visiteurs. Ce site, marqué par l’histoire religieuse et les légendes bretonnes, illustre aussi les défis posés par l’érosion côtière et les aléas de la préservation du patrimoine.
Le site archéologique révèle également la coexistence passée de deux églises dans l’anse du Pénity : l’église Saint-Paul-Aurélien et une plus petite, Notre-Dame-du-Penity, détruite à la fin du XVIIIe siècle. Un rocher voisin, le Roc’h-ar-Bedy, était selon la tradition le lieu de prière du saint. Ces éléments soulignent l’importance spirituelle et historique de l’île, liée à la fois aux origines chrétiennes de la Bretagne et aux bouleversements naturels et humains qui ont façonné son paysage.