Origine et histoire de la Chapelle Sainte-Barbe
La chapelle Sainte-Barbe, située au Faouët (Morbihan), est édifiée entre 1489 et 1512 à l’initiative de Jean de Toulbodou, seigneur de Locmalo, après un vœu formulé lors d’un orage. Selon la légende, il promit ce lieu de culte à sainte Barbe si un rocher dévalant la falaise s’arrêtait avant de l’écraser. Le terrain, acheté au baron du Faouët Jehan de Bouteville, accueille une chapelle gothique flamboyant atypique : dépourvue de nef, elle se réduit à un transept à trois travées et une abside, avec des voûtes en pierre et un décor héraldique célébrant les familles nobles locales (Bouteville, Toulbodou, Coëtquenan). Les armoiries, sculptées sur les nervures et vitraux du XVIe siècle, soulignent leur rôle dans la fondation, tandis que la topographie escarpée impose un plan désaxé et des contreforts massifs.
En 1700, Sébastien Le Meur aménage le site avec un escalier monumental de style Renaissance (78 marches, balustres Louis XIII), facilitant les processions vers ce sanctuaire majeur de l’évêché de Cornouaille. Le pardon, célébré les 4 décembre et derniers dimanches de juin, attire des fidèles pour des guérisons (maladies neurologiques) ou des protections (foudre, feu). La chapelle, classée en 1906, abrite un gisant de sainte Barbe, des ex-voto maritimes, et une cloche de 1808 « antifoudre ». La maison du garde (XVIIe siècle), ancienne pavillon de chasse, surplombe l’esplanade où poussent des asphodèles protégés. À proximité, la fontaine à dévotion (1708) et l’oratoire Saint-Michel, lié au rite des anneaux, complètent ce site jacquaire.
L’édifice illustre l’influence de la noblesse bretonne sur les constructions religieuses : les Bouteville, seigneurs du Faouët anoblis en 1495, y imposent leurs armes en prééminence, aux côtés de celles de leurs alliés (Talhouët, Kermeno). Les vitraux du XVIe siècle, restaurés au XIXe siècle, narrent la vie de sainte Barbe et des scènes bibliques (Pentecôte, Ascension). La chapelle, incendiée en 1917 puis restaurée, conserve une charpente refaite en 1740 et un clocher-tourelle percé de meurtrières, évoquant la prison de la sainte. Son déclin actuel, malgré son classement, s’explique par la disparition des repas communautaires lors du pardon, réduisant son affluence touristique (1 000 à 1 500 visiteurs quotidiens en 2009).
Le site s’inscrit dans un paysage mythologique préchrétien : le roc de Roc’h ar marc’h bran (« roc du cheval corbeau »), lié à des cultes celtiques, surplombe l’Ellé de 100 mètres. La fontaine à dévotion, entourée d’un enclos carré, offre des rites oraculaires (épingles à cheveux pour les célibataires) et des protections symboliques. Proche de la chapelle, le tombeau de Claude René Bellanger (1768–1845), maire du Faouët et officier napoléonien, rappelle l’ancrage local du monument. Les escaliers, l’ossuaire creusé dans la roche, et le campanile (cloche restaurée en 2009) structurent un ensemble architectural unique, mêlant fonctions religieuses, seigneuriales et populaires, aujourd’hui propriété de la commune.