Frise chronologique
VIIe siècle
Construction initiale
Construction initiale
VIIe siècle (≈ 750)
Première chapelle romane en *opus spicatum*.
avant 1050
Donation à Brewton
Donation à Brewton
avant 1050 (≈ 1050)
Jean de Muller cède la chapelle au prieuré anglais.
1180
Confirmation royale
Confirmation royale
1180 (≈ 1180)
Henri II valide la donation à Brewton.
1204
Rattachement à la France
Rattachement à la France
1204 (≈ 1204)
Normandie intégrée au domaine royal.
1260
Transfert à Troarn
Transfert à Troarn
1260 (≈ 1260)
Chapelle cédée à l’abbaye Saint-Martin.
1789
Bien national
Bien national
1789 (≈ 1789)
Saisie à la Révolution française.
1807
Démolition partielle
Démolition partielle
1807 (≈ 1807)
Toiture détruite, mobilier transféré.
1950
Destruction du chœur
Destruction du chœur
1950 (≈ 1950)
Dernière partie majeure disparue.
2 février 1993
Classement MH
Classement MH
2 février 1993 (≈ 1993)
Inscription des vestiges au titre MH.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Vestiges de la chapelle, y compris leurs chapiteaux sculptés (cad. AD 123) : inscription par arrêté du 2 février 1993
Personnages clés
| Sainte Ergoueffe - Figure religieuse légendaire |
Associée à la fondation mythique de la chapelle. |
| Jean de Muller - Donateur médiéval |
Cède la chapelle à Brewton avant 1050. |
| Henri II - Roi d’Angleterre |
Confirme la donation vers 1180. |
| Charles de Gerville - Historien du XIXe siècle |
Dénonce l’abandon des ruines en 1817. |
Origine et histoire
La chapelle Sainte-Ergoueffe est un ancien édifice catholique aujourd’hui en ruines, situé à Surtainville, dans le département de la Manche, en Normandie. Selon la tradition locale, son origine serait liée à l’échouage d’un navire portant une statue de sainte Ergoueffe, figure de proue impossible à déplacer. Une première chapelle romane aurait été construite au VIIe siècle, avec des murs en opus spicatum (appareil en arête-de-poisson), éclairée par des baies en plein cintre. Ces vestiges, encore visibles, marquent les débuts de ce sanctuaire médiéval.
Ruinée, la chapelle est reconstruite au XIe siècle et devient le siège d’une léproserie. En 1050, Jean de Muller la donne au prieuré augustin de Brewton (Angleterre), donation confirmée vers 1180 par Henri II. Après le rattachement de la Normandie à la couronne française en 1204, elle est cédée en 1260 à l’abbaye bénédictine Saint-Martin de Troarn. Desservie jusqu’à la Révolution, elle est déclarée bien national, puis partiellement démolie au XIXe siècle. Le chœur est détruit en 1950, ne laissant que la nef et des chapiteaux sculptés remarquables.
Les vestiges actuels incluent une nef rectangulaire aux murs en opus spicatum, un arc triomphal orné de chapiteaux médiévaux représentant des créatures fantastiques, et six ouvertures en plein cintre (dont trois obstruées). La statue polychrome de sainte Ergoueffe, autrefois dans le chœur, est conservée depuis 1823 dans l’église paroissiale. Classée monument historique en 1993, la chapelle illustre l’architecture romane normande et les échanges religieux entre la Normandie et l’Angleterre.
L’édifice témoigne aussi de l’histoire sociale médiévale, avec son rôle de léproserie et ses liens avec les ordres monastiques. Les sculptures des chapiteaux, mêlant motifs végétaux et figures hybrides (homme ailé, quadrupède, serpent cracheur de feu), reflètent l’imaginaire médiéval. Comparables à celles de l’église de Chef-du-Pont, elles soulignent l’influence artistique régionale. Abandonnée au XIXe siècle, la chapelle a failli disparaître, comme le déplorait l’historien Charles de Gerville en 1817.
Aujourd’hui, les ruines de la chapelle Sainte-Ergoueffe, situées à 250 mètres à l’ouest de l’église Saint-Pierre de Surtainville, rappellent son passé religieux et son importance patrimoniale. Leur protection en 1993 vise à préserver ce témoignage du Haut Moyen Âge normand, marqué par les échanges culturels, les croyances populaires et l’évolution des pratiques architecturales entre le VIIe et le XIe siècle.