Origine et histoire de la Chapelle Sainte-Marguerite du col d'Ares
La chapelle Sainte-Marguerite et l’hospice Notre-Dame du col d’Ares, situés à 1 340 m d’altitude près de Prats-de-Mollo-la-Preste (Pyrénées-Orientales), marquent un point stratégique sur la route historique RD 115 reliant la France à l’Espagne. Ce site, cité dès 878 sous le nom in Aras, était un lieu de passage majeur, associé par les historiens à Jules César, qui y aurait érigé un autel (ara) après sa victoire à Munda. L’hospice, mentionné pour la première fois en 1261 sous le nom Hospitalis B. Marie de Colle de Aris, dépendait initialement de l’abbaye Saint-Pierre de Camprodon et servait de refuge aux voyageurs jusqu’au XIXe siècle.
L’ensemble architectural, de style roman, se compose d’une chapelle rectangulaire à chevet plat (11 m x 7 m), dotée d’une voûte en ogive et d’une fenêtre romane sur sa façade est. L’hospice adjacent, en ruines, s’élevait sur deux niveaux et abritait les pèlerins et marchands traversant les Pyrénées. La chapelle, dédiée à Sainte-Marie jusqu’en 1586, fut ensuite associée à Sainte-Marguerite, comme en témoignent les sources catalanes (Capella de Santa Margarida). Le site, inscrit aux monuments historiques en 2009, fut aussi un lieu de mémoire lors de la Retirada de 1939, accueillant des républicains espagnols en exil.
Une légende locale, liée au Roc del Frare (un rocher en forme de moine priant), raconte l’histoire de frère Michel, un religieux de l’hospice tentée par une jeune voyageuse qu’il avait sauvée. Rongé par la culpabilité, il fuit dans la montagne où, selon la tradition, il fut pétrifié par Dieu après une lutte symbolique entre saint Michel et Satan. Ce récit illustre le rôle spirituel et moral des hospices médiévaux, lieux de charité mais aussi de tentations pour leurs occupants.
Le toponyme Ares, récurrent dans les Pyrénées catalanes, évoque à la fois un autel romain (ara) et un col fréquenté depuis l’Antiquité. Les sources contemporaines varient sur son nom : Sainte-Marguerite (IGN), Santa Margarida (catalan), ou Hospital del Coll d’Ares (Gran Enciclopèdia Catalana). Ces variations reflètent son histoire multiculturelle, entre influence française et catalane, surtout après le traité des Pyrénées (1659) qui rattacha le Vallespir à la France.
Architecturalement, la chapelle se distingue par ses murs épais (1,20 m), sa porte plein-cintre dépourvue d’ornements, et sa nef couverte d’une voûte en berceau, aujourd’hui partiellement effondrée. Les vestiges de l’hospice, situés en contrebas, rappellent sa fonction originelle : accueillir les voyageurs épuisés par la traversée des Pyrénées, avant que le site ne devienne un bâtiment agricole au XIXe siècle. Son inscription au titre des monuments historiques en 2009 a permis de préserver ce témoignage rare des hospices médiévaux pyrénéens.