Origine et histoire de la Chapelle Sainte-Vérène
La chapelle Sainte-Vérène, située à Enchenberg en Moselle (région Grand Est), est un édifice religieux modeste mais emblématique, construit entre la fin du XVe et le XVIIIe siècle. Son patronage est attribué à sainte Vérène, une anachorète suisse, bien que son culte dans la région remonte en réalité au Moyen Âge. Le bâtiment, inscrit aux Monuments Historiques depuis 1996, reflète quatre périodes architecturales distinctes : gothique flamboyant, Renaissance, et baroque, avec des remaniements majeurs en 1685 et 1745.
L’architecture extérieure révèle des éléments hétéroclites, comme une fenêtre romane énigmatique dans le chœur, peut-être issue d’un sanctuaire médiéval antérieur, ou une porte et une fenêtre gothiques flamboyantes datant de la fin du Moyen Âge. Deux fenêtres Renaissance (XVe–XVIe siècles) ornent le pignon ouest, tandis qu’un angelot baroque marque l’entrée de l’ermitage ajouté en 1745. À l’intérieur, une colonne gothique centrale, restaurée récemment, soutient un plafond plat en torchis, et un millésime gravé (1685) atteste de la restructuration majeure du bâtiment.
Le mobilier intérieur inclut un retable baroque du XVIIIe siècle, attribué au sculpteur tyrolien Hans Martersteck, volé en 1960 puis retrouvé incomplet. Il est aujourd’hui exposé avec une copie moderne du panneau central représentant sainte Vérène. Les vitraux contemporains, créés par Sauveur Pascual, illustrent la sainte et ses compagnons martyrs (saint Maurice, saint Victor, saint Ours), remplaçant des vitraux figuratifs disparus dans les années 1960. Une statue en marbre de Carrare, copie d’une œuvre volée en 1974, complète l’ensemble.
Les alentours de la chapelle abritent une grotte de Lourdes (1958), un calvaire typique du Pays de Bitche (daté peut-être de 1827), et un chemin de croix jalonné de stèles en grès, partiellement renouvelées aux XIXe et XXe siècles. Une source voisine, utilisée jadis par les ermites et les lavandières du village, a contribué à l’implantation du sanctuaire. La chapelle reste un lieu de pèlerinage actif, notamment le 1er mai, en mémoire d’un vœu de 1770 contre la peste bovine.
La chapelle illustre ainsi une stratification historique complexe, mêlant dévote populaire, migrations suisses (fin XVIIe siècle), et adaptations architecturales successives. Son rôle spirituel perdure, ancré dans les traditions locales et les pratiques religieuses du Pays de Bitche, entre Lorraine et Alsace.