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Chapelle San Cervone de Lavatoggio en Haute-corse

Patrimoine classé Patrimoine religieux Chapelle romane Eglise de style pisan

Chapelle San Cervone de Lavatoggio

    Le village
    20225 Lavatoggio
Propriété de la commune
Chapelle San Cervone de Lavatoggio
Chapelle San Cervone de Lavatoggio
Chapelle San Cervone de Lavatoggio
Chapelle San Cervone de Lavatoggio
Chapelle San Cervone de Lavatoggio
Chapelle San Cervone de Lavatoggio
Chapelle San Cervone de Lavatoggio
Crédit photo : Pierre Bona - Sous licence Creative Commons

Frise chronologique

Bas Moyen Âge
Renaissance
Temps modernes
Révolution/Empire
XIXe siècle
Époque contemporaine
1300
1400
1500
1600
1700
1800
1900
2000
XIIIe siècle
Construction probable
1559
État de dégradation
1818
Restauration partielle
29 juillet 1987
Classement MH
Aujourd'hui
Aujourd'hui

Patrimoine classé

Chapelle San-Cervone (cad. B 19) : inscription par arrêté du 29 juillet 1987

Personnages clés

Cervonius - Saint patron Évêque de Populonia, dédicataire de la chapelle.
Malafidanza Pinasco - Seigneur local (XIe-XIIIe s.) Fonda le fief de Bracaghju près de Lavatoggio.
Guido de Sabellis - Ancêtre des Pinaschi Libérateur de la Balagne des Sarrasins (IXe s.).

Origine et histoire

La chapelle San Cervone de Lavatoggio, située dans le cimetière communal au sud-est du village, date probablement du XIIIe siècle. Dédiée à Cervonius, évêque de Populonia en Toscane, elle s’inscrit dans la tradition des églises romanes « pisanes corses », avec une nef orientée est/ouest et une abside semi-circulaire. Dès le XVIe siècle, elle semble désaffectée, signalée comme « presque détruite » en 1559. Remaniée aux XVIIIe et XIXe siècles, elle perd son appareillage d’origine mais conserve ses teghje (lauzes) en toiture. La façade occidentale, surmontée d’un fronton triangulaire, porte l’inscription « Rifatto 1818 » au-dessus du portail unique. Classée monument historique en 1987, elle reste un lieu de dévotion pour les habitants, accessible par une route en cul-de-sac menant au cimetière.

La chapelle s’inscrit dans l’histoire médiévale de la Balagne, région marquée par les conflits entre seigneurs locaux. Au XIe siècle, la famille De Pino (ou Pinaschi), proche des marquis Obertenghi de Pise, domine la région après la reconquête sur les Sarrasins. Un de leurs descendants, Malafidanza Pinasco, s’installe au Capu Bracaghju (aujourd’hui sur Lavatoggio) et y édifie un château, créant un fief indépendant. Les rivalités entre cousins Pinaschi (Malpensa à Speloncato, Malaspina à Sant’Antonino) ont façonné le paysage politique local. La chapelle San Cervone, bien que modeste, témoigne de cette époque où les petits oratoires ruraux servaient de repères spirituels et communautaires.

Au XIXe siècle, Lavatoggio, comme beaucoup de villages balanins, vit de l’agro-pastoralisme (oliviers, élevage) et de l’artisanat lié aux ressources locales. Les lavoirs (lavatoghji), dont celui du village a donné son nom à la commune, étaient des lieux centraux de la vie quotidienne. La chapelle, bien que remaniée, conserve son rôle symbolique : elle est au cœur de la fête patronale du 10 octobre, où une procession honore saint Cervonius. Son classement en 1987 souligne son importance patrimoniale, dans une région où les vestiges médiévaux sont souvent fragiles.

Architecturalement, San Cervone illustre la simplicité des églises romanes corses : nef unique, chevet semi-circulaire, et matériaux locaux (pierre, lauzes). Son état actuel reflète les transformations subies au fil des siècles, notamment la perte de son décor d’origine. Malgré cela, elle reste un témoignage rare du moyen âge balanin, période où les seigneurs locaux, comme les Pinaschi, structuraient le territoire autour de châteaux et d’églises. Son isolement relatif, sur les hauteurs de Lavatoggio, a probablement contribué à sa préservation partielle.

Le site du Capu Bracaghju, où se dressait le château de Malafidanza, surplombe le village. Ce château, aujourd’hui en ruines, était un point stratégique pour contrôler la vallée d’Aregno et les routes vers Calvi. La chapelle San Cervone, bien que modeste, pourrait avoir été liée à ce réseau seigneurial, servant de lieu de culte pour les habitants des hameaux environnants (Bracaghju, Castiglioni). Son abandon progressif à partir du XVIe siècle coïncide avec le déclin des seigneurs locaux et la centralisation du pouvoir dans des villages plus accessibles, comme Aregno ou Sant’Antonino.

Liens externes