Origine et histoire de la Chapelle San Quilico
La chapelle San Quilico (ou San Chirgu), située à Cambia en Haute-Corse, est un joyau de l’art roman pisan des XIIIe et XIVe siècles. Classée Monument Historique depuis le 15 juin 1976, elle se distingue par son appareillage soigné en schiste ocre et ses teghje (lauzes) en toiture. Son plan simple, orienté est-ouest, comprend une nef rectangulaire et une abside en cul-de-four, ornée d’une fenêtre meurtrière. La façade ouest, triangulaire avec décrochements latéraux, et le chevet est, tous deux bordés d’arcatures sur modillons, reflètent une symétrie architecturale remarquable. Son isolement sur le flanc sud-ouest du San Pedrone et sa proximité avec la chapelle Santa Maria (bâtie à la même époque mais sans décor) en font un site énigmatique, peut-être lié à une origine seigneuriale ou à un rôle de chapelle de col.
Les décors intérieurs et extérieurs de San Quilico révèlent une richesse iconographique rare. Le tympan ouest illustre la Tentation d’Ève en bas-relief, tandis que le tympan sud montre un homme terrassant un serpent, symbolisant peut-être le triomphe du bien sur le mal. L’arc du portail, composé de trois claveaux, arbore un entrelacs sculpté. À l’intérieur, le chœur abrite des fresques du XVe siècle : un Christ en croix entouré du Père Éternel, des quatre Évangélistes et d’anges, le tout surplombé par des symboles solaires (soleil, lune, colombe). Ces œuvres, bien que naïves, témoignent d’une originalité stylistique marquée, contrastant avec l’austérité de la voisine Santa Maria, dépourvue de décor.
L’histoire orale évoque une construction simultanée des deux chapelles par un père et son fils, hypothèse confirmée par l’historienne Geneviève Moracchini-Mazel, qui souligne leur édification conjointe malgré des décors divergents. La chapelle, remaniée entre 1453 et 1496, soulève des questions sur sa fonction : lieu de culte isolé, chapelle seigneuriale ou halte pour les voyageurs ? Son classement en 1976 et sa propriété communale actuelles préservent ce patrimoine, tandis que sa localisation approximative (précision : 5/10) et son altitude en font un site à la fois mystérieux et emblématique du roman corse.
Les matériaux locaux, comme le schiste ocre, et les techniques pisanes (arcatures, modillons) soulignent l’influence toscane en Corse médiévale. Les fresques, bien que partiellement effacées, offrent un aperçu rare de la piété et de l’art populaire de l’époque. La tradition associe San Quilico à saint Cyr, mais son rôle exact dans la piève de Vallerustie (ancien diocèse d’Aléria) reste flou. Aujourd’hui, son accès libre et son cadre montagneux en font un lieu de visite prisé, malgré l’absence de services touristiques formalisés (pas de location ou d’hébergement sur place).