Origine et histoire du Chapitre
Le chapitre de Salles-Arbuissonnas-en-Beaujolais est un ensemble architectural situé dans la commune de Salles-Arbuissonnas-en-Beaujolais, dans le département du Rhône ; il a été classé monument historique et figure parmi les géosites du géopark Beaujolais. En 960, le seigneur de Beaujeu céda des terres et un prieuré bénédictin placé sous l’autorité de l’abbé de Cluny, qui s’installa à Salles-en-Beaujolais. Au milieu du XIIe siècle, les moines édifièrent une église, un cloître et les bâtiments nécessaires à la vie du prieuré, tels que la salle capitulaire, le dortoir, le parloir, le cellier et la cantine. Au début du XIVe siècle, les moines furent remplacés par trente moniales bénédictines venues d’un prieuré installé à Grelonges, une île de la Saône fréquemment inondée. Progressivement, le prieuré accueillit de plus en plus de jeunes filles de la haute noblesse et ses habitantes abandonnèrent peu à peu la stricte observance de la règle bénédictine pour mener une vie plus mondaine ; plusieurs d’entre elles n’y séjournèrent que jusqu’à leur mariage. Alix des Roys, nièce de la chanoinesse Suzanne de Lamartine et mère d’Alphonse de Lamartine, illustre cette fréquentation ; Alphonse de Lamartine évoque les chapitres où les familles aisées plaçaient des filles qui ne souhaitaient pas la clôture et qui recevaient une petite dot et une maison autour de la chapelle, tout en conservant la possibilité de sortir et de recevoir des proches. En 1779, le prieuré fut reconnu officiellement comme chapitre noble de chanoinesses : les habitantes prirent alors le titre de chanoinesses comtesses à leur entrée et le conservèrent à vie, indépendamment du statut de leur père ou de leur mari. En 1781, la dernière prieure, Madame de Ruffey, confia à l’architecte Desarnod un projet qui permit la construction de la cour d’honneur et de maisons canoniales de part et d’autre de cette cour ; le projet prévoyait également la suppression de l’église et du cloître, mais il fut interrompu par la Révolution. En 1790, le chapitre fut dissous par le décret mettant fin aux ordres religieux ; la plupart des résidentes regagnèrent leur famille, tandis que Madame de Ruffey chercha à récupérer des biens, racheta quelques maisons, fut emprisonnée et mourut en détention. Les deux pavillons d’entrée de la place du Chapitre, la grille en fer forgé qui les relie et les douves attenantes ont été classés par arrêté du 1er août 1935. L’église figurait déjà sur la liste des monuments historiques de 1862, et le cloître, la salle capitulaire et le parloir ont été inscrits au titre des monuments historiques par arrêté du 24 septembre 2019 ; deux maisons canoniales, la maison de la prieure et celle qui abrite actuellement la mairie, ont également été inscrites en 2019. Les pavillons donnent accès à la cour d’honneur plantée de tilleuls et flanquée de douves ; la cour est bordée d’une vingtaine de maisons canoniales construites dans un style uniforme, dont la maison de Suzanne de Lamartine, réalisation partielle du projet de Madame de Ruffey, tandis que de l’autre côté de la rue étaient prévues des écuries et des hôtelleries destinées aux proches autorisés à entrer dans le chapitre sans y demeurer. L’église Saint-Martin, située dans l’enceinte, possède un portail roman sur sa façade occidentale et un clocher couvert d’un toit plat à quatre pans typique des églises romanes du Beaujolais ; elle abrite une chaire du XVIe siècle et les stalles des chanoinesses du XVIIe siècle, a été modifiée au XIXe siècle et présente au chœur un vitrail central réalisé par Bégule. Le cloître, accessible par une petite porte de style gothique flamboyant à droite du portail occidental, a été rénové avec l’aide de la Fondation du patrimoine et de la mission Stéphane Bern ; ce cloître du XIIe siècle est de dimension modeste et il ne subsiste qu’un côté avec un alignement de colonnettes, les trois autres ayant été démolis pendant la Révolution, et la rénovation de sa toiture ainsi que celle de la tour des archives font l’objet d’une campagne de dons pour l’agrandissement du musée « Le Prieuré ». La salle capitulaire, datée du XVe siècle, est ornée de fresques murales de la fin du XVe siècle représentant une Annonciation, une Pietà et les saints Odon et Odilon, abbés de Cluny ; ces peintures, recouvertes par un enduit, furent redécouvertes au XIXe siècle. Les abbés y sont figurés avec la crosse, la mitre et le nimbe, et les clés de voûte portent les symboles des évangélistes — l’ange pour Matthieu, l’aigle pour Jean, le lion pour Marc et le bœuf pour Luc — ; la salle conserve également la chaise du prieur en noyer, datée du XVIe siècle, décorée d’une tête de femme entourée de grotesques et de rinceaux encadrés de pilastres. Les voûtes du parloir, réalisées dans le même style que celles de la salle capitulaire, reposent sur des culs-de-lampe sculptés ; une clé de voûte porte les armes de Beaujeu et une autre celles de Cluny, symbolisées par deux clefs.