Frise chronologique
1323
Fondation par Charles de Valois
Fondation par Charles de Valois
1323 (≈ 1323)
Acte de fondation signé, début des constructions.
1350
Dépôt du cœur de Philippe VI
Dépôt du cœur de Philippe VI
1350 (≈ 1350)
Le roi lègue son cœur au monastère.
1567
Pillage par les huguenots
Pillage par les huguenots
1567 (≈ 1567)
Destruction du reliquaire royal pendant les guerres.
1621
Réunion janséniste controversée
Réunion janséniste controversée
1621 (≈ 1621)
Présence de Jansénius et Saint-Cyran, légende débattue.
1792
Expulsion des moines
Expulsion des moines
1792 (≈ 1792)
Vente comme bien national après la Révolution.
1928 et 2000
Classements aux Monuments Historiques
Classements aux Monuments Historiques
1928 et 2000 (≈ 2000)
Protection des vestiges et du mur d’enceinte.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Les vestiges de la grande chapelle du XVIIe siècle ; la salle voûtée attenante au choeur de cette chapelle ; la petite chapelle du XVe siècle, dite des Morts ; les bâtiments de la porterie comprenant les deux corps de logis en retour d'équerre, la tourelle cylindrique, la porte charretière et la poterne d'entrée, y compris leurs vantaux à peintures fleurdelysées ; la bretèche et les mâchicoulis surmontant le passage du bâtiment attenant à l'est à la petite chapelle ; les façades du passage entre deux cours à décoration du XVIIIe siècle : inscription par arrêté du 10 janvier 1928 - Les bâtiments conventuels, à l'exception des parties déjà inscrites (cad. C 175) ; les sols archéologiques (cad. C 164, 166, 173 à 175) ; le mur d'enceinte des bâtiments conventuels, le grand mur d'enceinte de l'abbaye, le moulin et le système d'adduction d'eau de l'ancienne chartreuse (cad. C 141 à 151, 153 à 163, 167 à 169, 171, 172, 176 à 178) : inscription par arrêté du 25 septembre 2000
Personnages clés
| Charles de Valois - Fondateur et bienfaiteur |
Frère de Philippe le Bel, initie la construction. |
| Philippe VI de Valois - Mécène et donateur |
Fils de Charles, achève les travaux et y dépose son cœur. |
| Nicolas de Clamanges - Visiteur illustre (1407) |
Docteur en Sorbonne, secrétaire de l’antipape Benoît XIII. |
| Cornelius Jansen - Figure du jansénisme |
Participe à la réunion de 1621 à Bourgfontaine. |
| François Mathet - Restaurateur (XXe siècle) |
Entreprend la sauvegarde des bâtiments à partir de 1963. |
Origine et histoire
La chartreuse de Bourgfontaine, aussi appelée prieuré de la Fontaine Notre-Dame en Valois, est un monastère fondé en 1323 par Charles de Valois, frère de Philippe le Bel, sur une clairière de la forêt de Retz à Villers-Cotterêts. Initialement conçue comme une retraite spirituelle et un point de défense du Valois, elle est dotée par Philippe VI, qui y dépose son cœur à sa mort en 1350. Le monastère, richement pourvu, compte quatre moines à ses débuts, puis vingt-six en 1540, avant d’être pillé et incendié en 1567 par les huguenots, détruisant le reliquaire du cœur royal.
Au XVIIe siècle, la chartreuse devient un lieu de débats théologiques, notamment lors de la réunion de 1621 avec Jansénius et Saint-Cyran, bien que cet épisode soit parfois qualifié de légende. Au XVIIIe siècle, elle est impliquée dans la crise janséniste, avec des moines s’exilant en Hollande. En 1790, l’abolition des vœux monastiques force les religieux à quitter les lieux en 1792. Vendue comme bien national, elle est partiellement démolie, ses pierres réutilisées, avant de devenir une ferme, puis un haras au XXe siècle. Des restaurations majeures sont entreprises à partir de 1963 par François Mathet.
Architecturalement, la chartreuse se composait de deux ensembles : le couvent et une habitation royale. Ses bâtiments, parmi les plus vastes de France, incluaient une chapelle au plan basilical, une nef sans transept, et une abside polygonale. Le portail, orné de denticules et d’angelots, portait la devise : « Hic praeteritos dies meditate et eternos meditare » (« Ici, souvenez-vous de vos jours passés et pensez à l’éternité »). Les vestiges actuels, protégés depuis 1928 et 2000, témoignent des campagnes de construction des XVe, XVIIe et XVIIIe siècles, malgré les destructions révolutionnaires.
Le patrimoine foncier de la chartreuse était immense : 2 000 hectares de terres et bois dans les vallées de l’Ourcq et de la Savières au XVIIe siècle, incluant des fermes, des étangs, et des droits d’usage en forêt de Retz. Fondée sur d’anciennes possessions templières, elle bénéficia de dons royaux, comme les domaines de Sennevières ou de Mortefontaine. Son déclin s’amorce avec la Révolution, mais son sauvetage au XXe siècle permet aujourd’hui d’en apprécier les ruines restaurées.
Parmi les visiteurs notables figurent Nicolas de Clamanges en 1407, secrétaire de l’antipape Benoît XIII, et Pierre Acarie, ligueur confiné par Henri IV en 1594. En 1621, une réunion secrète y rassemble des figures du jansénisme naissant, comme Cornelius Jansen et Saint-Cyran, bien que cet épisode soit contesté. L’iconographie du lieu est marquée par une série de toiles de Louis Licherie (années 1670), illustrant la vie de saint Bruno pour décorer la chartreuse.