Origine et histoire de la Chartreuse de Bourgfontaine
La chartreuse de Bourgfontaine, aussi appelée prieuré de la Fontaine Notre-Dame en Valois, est un monastère fondé en 1323 par Charles de Valois, frère de Philippe le Bel, sur une clairière de la forêt de Retz à Villers-Cotterêts. Initialement conçue comme une retraite spirituelle et un point de défense du Valois, elle est dotée par Philippe VI, qui y dépose son cœur à sa mort en 1350. Le monastère, richement pourvu, compte quatre moines à ses débuts, puis vingt-six en 1540, avant d’être pillé et incendié en 1567 par les huguenots, détruisant le reliquaire du cœur royal.
Au XVIIe siècle, la chartreuse devient un lieu de débats théologiques, notamment lors de la réunion de 1621 avec Jansénius et Saint-Cyran, bien que cet épisode soit parfois qualifié de légende. Au XVIIIe siècle, elle est impliquée dans la crise janséniste, avec des moines s’exilant en Hollande. En 1790, l’abolition des vœux monastiques force les religieux à quitter les lieux en 1792. Vendue comme bien national, elle est partiellement démolie, ses pierres réutilisées, avant de devenir une ferme, puis un haras au XXe siècle. Des restaurations majeures sont entreprises à partir de 1963 par François Mathet.
Architecturalement, la chartreuse se composait de deux ensembles : le couvent et une habitation royale. Ses bâtiments, parmi les plus vastes de France, incluaient une chapelle au plan basilical, une nef sans transept, et une abside polygonale. Le portail, orné de denticules et d’angelots, portait la devise : « Hic praeteritos dies meditate et eternos meditare » (« Ici, souvenez-vous de vos jours passés et pensez à l’éternité »). Les vestiges actuels, protégés depuis 1928 et 2000, témoignent des campagnes de construction des XVe, XVIIe et XVIIIe siècles, malgré les destructions révolutionnaires.
Le patrimoine foncier de la chartreuse était immense : 2 000 hectares de terres et bois dans les vallées de l’Ourcq et de la Savières au XVIIe siècle, incluant des fermes, des étangs, et des droits d’usage en forêt de Retz. Fondée sur d’anciennes possessions templières, elle bénéficia de dons royaux, comme les domaines de Sennevières ou de Mortefontaine. Son déclin s’amorce avec la Révolution, mais son sauvetage au XXe siècle permet aujourd’hui d’en apprécier les ruines restaurées.
Parmi les visiteurs notables figurent Nicolas de Clamanges en 1407, secrétaire de l’antipape Benoît XIII, et Pierre Acarie, ligueur confiné par Henri IV en 1594. En 1621, une réunion secrète y rassemble des figures du jansénisme naissant, comme Cornelius Jansen et Saint-Cyran, bien que cet épisode soit contesté. L’iconographie du lieu est marquée par une série de toiles de Louis Licherie (années 1670), illustrant la vie de saint Bruno pour décorer la chartreuse.