Origine et histoire de la Chartreuse de Champmol
La chartreuse de la Sainte-Trinité de Champmol, fondée en 1378 par Philippe le Hardi à Dijon, fut conçue comme une nécropole rivale de Saint-Denis pour affirmer la puissance des ducs de Bourgogne. Le chantier, dirigé par Drouet de Dammartin et Jean de Marville, débuta en 1383 avec la pose de la première pierre par la duchesse Marguerite et son fils Jean. L’église fut consacrée en 1388, et les moines s’y installèrent la même année. Le monastère devint un foyer artistique majeur, attirant des sculpteurs comme Claus Sluter (auteur du Puits de Moïse) et des peintres tels que Jean Malouel ou Melchior Broederlam.
Sous la Révolution, la chartreuse fut fermée en 1791, ses biens vendus comme bien national, et une partie des bâtiments démolie. Les œuvres d’art furent dispersées dans des musées, tandis que le site fut racheté en 1833 par le département de la Côte-d’Or pour y établir un asile psychiatrique, inauguré en 1843. L’architecte Pierre-Paul Petit intégra les vestiges médiévales (portail, puits, tourelle ducale) dans un ensemble hospitalier néo-gothique, marquant une transition entre patrimoine religieux et usage médical.
Aujourd’hui, la chartreuse abrite un centre hospitalier spécialisé en santé mentale. Parmi les vestiges conservés, le Puits de Moïse (classé en 1840), chef-d’œuvre de Claus Sluter, et le portail de l’église, témoignent de son passé prestigieux. Les tombeaux des ducs, reconstitués au musée des Beaux-Arts de Dijon, rappellent son rôle de symbole politique et artistique de l’État bourguignon (1363–1477). Les retables et sculptures, comme ceux de Jacques de Baerze ou Henri Bellechose, illustrent l’influence burgondo-flamande.
Le site reflète aussi les transformations du XIXe siècle, où l’hygiénisme et les théories psychiatriques de Pinel et Esquirol ont façonné son architecture. Les bâtiments hospitaliers, organisés en U autour du puits central, mêlent austérité fonctionnelle et réminiscences médiévales. Malgré les destructions partielles (galeries, cloîtres), la chartreuse reste un lieu emblématique, où histoire ducale, art gothique et mémoire médicale se croisent.
La chartreuse de Champmol incarne ainsi une double héritage : celui d’un mécénat ducale ambitieux, avec des artistes comme Claus de Werve ou Antoine Le Moiturier, et celui d’une reconversion moderne, où le patrimoine devient un outil de soin. Son histoire, de la dévolution révolutionnaire à sa protection comme Monument Historique, illustre les enjeux de préservation et de réappropriation des sites historiques en France.