Origine et histoire de la Chartreuse de Portes
La chartreuse Sainte-Marie de Portes, fondée en 1115 par les moines bénédictins Bernard et Ponce, est le troisième monastère de l'ordre cartusien en ancienneté et le deuxième en France après la Grande Chartreuse. Implantée à 1 000 mètres d'altitude dans les montagnes du Bugey, elle est surnommée la 'chartreuse des Saints' en raison du nombre de moines béatifiés ou canonisés. Les fondateurs, en quête d'une vie érémitique, obtiennent du diocèse de Lyon les droits sur ce territoire isolé, où ils établissent une communauté sous la règle cartusienne.
Au XIIe siècle, Portes connaît une croissance rapide, acquérant des terres par dons, échanges ou achats, malgré un climat rigoureux et des conflits récurrents avec les villages voisins et le prieuré d'Ordonnaz. Les papes et les seigneurs locaux, comme les comtes de Savoie, protègent et confirment ses privilèges. L'économie du monastère repose sur l'exploitation forestière, l'élevage et l'agriculture, avec des granges et moulins acquis au fil des siècles. Les chartreux de Portes jouent un rôle spirituel et politique majeur dans la région, malgré des tensions avec les communautés voisines.
La Révolution française marque un tournant : en 1791, les moines sont expulsés et les biens du monastère nationalisés. Après une période laïque où la chartreuse est transformée en exploitation agricole, elle est rachetée par l'ordre cartusien en 1855. Une communauté s'y réinstalle jusqu'en 1901, date à laquelle une loi anti-congrégations entraîne une nouvelle expulsion. En 1952, la chartreuse de Sélignac rachète Portes, et une communauté s'y établit à nouveau en 1971. Depuis, le monastère reste un lieu de vie monastique et de prière.
La chartreuse de Portes est marquée par son architecture austère et son histoire mouvementée, incluant des destructions partielles, des reconstructions et des conflits juridiques. Plusieurs de ses prieurs, comme Anthelme de Chignin et Étienne de Châtillon, deviennent évêques ou sont reconnus pour leur sainteté. Le site, partiellement classé monument historique en 1947, conserve des éléments médiévaux et des traces de ses différentes périodes d'occupation.
Les armoiries de Portes, dédiées à la Vierge Marie, représentent souvent son monogramme ou son image, comme sur les sceaux médiévaux du monastère. Ces symboles reflètent la dévotion mariale des chartreux, centrale dans leur spiritualité. La chartreuse, malgré ses péripéties historiques, reste un symbole de la vie érémitique et de la persévérance religieuse dans le Bugey.