Origine et histoire de la Chartreuse du Mont-Dieu
La chartreuse du Mont-Dieu, fondée en 1132 dans la forêt d’Ardenne par Odon, abbé de Saint-Rémi, est la première chartreuse de France. Elle suit les Coutumes de Saint Bruno, ancien écolâtre de Reims, et devient un lieu de retraite pour les moines ermites. Le pape Innocent II confirme sa fondation en 1136, et Guillaume de Saint-Thierry y rédige sa Lettre aux frères du Mont-Dieu, texte fondateur sur la vie solitaire.
Le monastère, plusieurs fois saccagé lors des guerres de religion, est reconstruit en 1617 dans un style caractéristique (briques roses et noires, pierres taillées), similaire à la place Ducale de Charleville. À la Révolution, les moines sont expulsés, et les bâtiments deviennent une prison d’État, puis une filature. Sauvé partiellement au XIXe siècle par des propriétaires privés, le site subit encore des dégâts lors de la bataille de Stonne en 1940.
Classé monument historique en 1946, le site conserve moins de 20 % de ses bâtiments d’origine, dont le Corps de logis, les pavillons Saint-Étienne et Saint-Bruno, et des dépendances comme les écuries ou la grange de la Correrie. Un incendie ravage la toiture du bâtiment principal le 2 novembre 2025. Le domaine, entouré de forêts et d’étangs asséchés, abrite aussi des arbres remarquables comme le chêne de Montpy ou un cèdre de l’Atlas.
Parmi les visiteurs illustres, Saint Bernard de Clairvaux y séjourne à plusieurs reprises (1139–1141) et y conserve une cellule. Guillaume de Saint-Thierry, le pape Eugène III et Saint Thomas Becket s’y rendent aussi. Le monastère, symbole de spiritualité et d’isolement, incarne l’idéal chartreux jusqu’à sa disparition partielle.
Les vestiges actuels, avec leurs douves, leurs lucarnes cintrées et leurs façades de pierre, évoquent l’élégance passée d’un lieu où méditation et travail rythmaient la vie des moines. Les propriétés de l’abbaye, vendues comme biens nationaux en 1791, s’étendaient sur une quarantaine de villages, témoignant de son influence régionale.