Origine et histoire de la Chartreuse du Reposoir
La chartreuse du Reposoir est un ancien monastère chartreux fondé en 1151 par le moine Jean d’Espagne, sur des terres offertes par Aymon Ier de Faucigny. Installée dans la vallée du Foron (Haute-Savoie), elle doit son nom à l’exclamation du fondateur : « Hic est repausatorium meum ! » (« Voici mon reposoir ! »), évoquant un lieu de paix pour l’âme. Le site, initialement occupé par des moines vers 1147, fut abandonné en raison de conditions hostiles avant d’être réinvesti par Jean d’Espagne, avec le soutien des seigneurs de Faucigny.
Le monastère prospère jusqu’à la Révolution française, malgré des crues et incendies (notamment en 1705). Expulsés en 1793, les chartreux reviennent brièvement entre 1846 et 1855, puis de 1866 à 1901, avant une expulsion définitive. En 1932, le site devient un carmel, toujours actif aujourd’hui. Classée monument historique en 1910 (portail) puis en 1995 (ensemble), la chartreuse illustre l’architecture monastique médiévale, avec son cloître gothique tardif et ses cellules austères.
L’histoire du Reposoir est marquée par des donations seigneuriales (vallée de Béol, alpages, vignes) et des conflits, comme la tentative de reprise des terres par Henri de Faucigny en 1185, finalement confirmées par Aymon II en 1202-1210. Le bienheureux Jean d’Espagne, béatifié en 1864, reste une figure centrale : ses reliques, exhumées en 1649, sont conservées sur place. Après la Révolution, le site fut tour à tour salpêtrière, hôtel de luxe (1907), puis racheté par l’Église en 1922 pour y installer les carmélites.
Architecturalement, la chartreuse forme un carré orienté est-ouest, avec un grand cloître aux voûtes en bec de sifflet et un petit cloître du XVIe siècle, restauré en 1929. L’église ogivale, fondée par Aymon de Faucigny, abrite deux chapelles dédiées à Jean d’Espagne et à saint Antoine. Les cellules des moines, organisées autour du cloître, reflètent la règle de silence et de solitude chartreuse, avec des oratoires individuels et des parterres carrés.
Parmi les personnalités liées au lieu, on compte Pierre, prieur devenu évêque de Grenoble (1237-1250), et Charles-Auguste de Sales, neveu de saint François de Sales, qui exhuma les reliques de Jean d’Espagne. Les prieurs, listés dans un ouvrage de 1895, dirigèrent la communauté jusqu’à la dissolution de 1793. Le site, symbole de la spiritualité savoyarde, incarne aussi les bouleversements politiques, de l’annexion révolutionnaire (1792) à la loi Waldeck-Rousseau (1901).