Origine et histoire de la Chartreuse Saint-Sauveur
La chartreuse Saint-Sauveur de Villefranche-de-Rouergue fut fondée en 1450 grâce au legs de Vézian Valette, riche marchand mort lors d’un pèlerinage à Rome. Sa veuve, Catherine Garnier, respecta ses volontés en finançant la construction, débutée en 1452 sous la direction des maîtres maçons Conrad Rogier et Jean Coupiac. Le petit cloître, la chapelle et la salle du chapitre furent achevés dès 1458, permettant l’installation des premiers moines. Les sculpteurs, dirigés par Pierre Viguier, ornèrent le site, où Vézian Valette fut inhumé en 1461.
Au XVIe siècle, la chartreuse s’enrichit de la chapelle des étrangers (1528), financée peut-être par Joachim Brachet, sénéchal de Rouergue. Les travaux se poursuivirent au XVIIe siècle avec l’ajout d’une hôtellerie, d’un clocher-mur et la surélévation du réfectoire. En 1561, les moines furent brièvement chassés par des huguenots se réclamant de la famille Valette, avant de revenir. La richesse du monastère, basée sur des rentes et des dons, en fit un acteur économique majeur de Villefranche.
La Révolution française marqua un tournant : les chartreux furent expulsés en 1790, et le site devint un hôpital en 1792, préservant ainsi une grande partie des bâtiments. Classée monument historique dès 1840, la chartreuse conserve aujourd’hui son petit cloître décoré, son réfectoire voûté et des stalles sculptées par André Sulpice. Les archives, disparues en 1791, laissent cependant des zones d’ombre sur certains aménagements.
L’organisation spatiale reflète la double vie des chartreux : cénobitique (église, réfectoire, chapitre) et érémitique (cellules autour du grand cloître). Ce dernier, sobre et vaste (66 m × 40 m), abritait treize logements monacaux, aujourd’hui partiellement disparus. La chapelle des étrangers, ornée de vitraux et de copies des Sept Sacrements de Poussin, illustre l’influence artistique du monastère. Le site, géré par la SPL Ouest Aveyron Tourisme, se visite d’avril à novembre.
Parmi les éléments remarquables, le vestibule du chapitre arbore un vitrail représentant l’arbre de Jessé adapté à l’ordre chartreux, tandis que le réfectoire conserve une chaire de lecteur richement décorée. La chapelle mortuaire, ouverte sur le petit cloître, accueillait les dernières bénédictions avant l’inhumation dans le grand cloître. Les clés de voûte portent souvent les armes des fondateurs, Valette et Garnier, dont les tombes subsistent près de l’autel.
Après 1792, des transformations hospitalières altérèrent certains espaces, comme la démolition en 1886 de la cellule du portier, unique accès d’origine. Pourtant, la chartreuse reste un témoignage exceptionnel de l’architecture monastique médiévale et classique, mêlant gothique flamboyant (XVe siècle) et ajouts baroques (XVIIe siècle). Son histoire, liée à des figures locales comme les Valette ou le maréchal de Belle-Isle, en fait un symbole du Rouergue.