Origine et histoire du Château d'eau
Le Château d’eau de Toulouse, édifié au 1er quart du XIXe siècle, est une tour en brique située à la jonction du cours Dillon et du Pont-Neuf. Initialement conçu pour distribuer l’eau de la Garonne dans le centre-ville, il ne comportait pas de réservoir de stockage, mais servait de station de pompage. Son architecture, comparée à un phare ou un « petit château Saint-Ange », a divisé les avis à son époque, entre admiration pour sa solidité et critiques sur son esthétique. Désaffecté en 1870, il fut transformé en dépôt municipal avant d’être reconverti en 1974 en galerie d’exposition photographique, devenant un lieu culturel majeur.
Le projet naît en 1789 grâce au legs de 50 000 francs-or du capitoul Charles Laganne, destiné à fournir une eau « pure, claire et agréable » aux Toulousains. Après des retards politiques, la mort de sa veuve en 1817 relance le projet. L’ingénieur Jean-François d’Aubuisson de Voisins, conseiller municipal, étudie pendant dix ans les systèmes de filtration et de circulation d’eau. Un concours en 1817 récompense Jean Abadie pour la machinerie hydraulique, tandis que l’architecte Jean-Antoine Raynaud conçoit le bâtiment. Les travaux, lancés en 1821, s’achèvent en 1825, permettant d’alimenter un réseau de fontaines opérationnel dès 1829.
Le bâtiment, haut de 30 mètres, comprend sept étages : un sous-sol avec deux roues à aubes de 6,5 mètres actionnant huit pompes, un rez-de-chaussée circulaire, et quatre étages surmontés d’un lanterneau. Deux circuits d’eau alimentaient le système depuis la Garonne, filtrée via des graviers naturels sous le cours Dillon. Bien que cité comme une réalisation industrielle remarquable dès les années 1830, le château d’eau devient obsolète en 1870, victime de l’engorgement de sa galerie filtrante. Il est alors transformé en dépôt d’outillage avant sa restauration culturelle.
En 1971, le conseiller municipal Paul Ourliac propose de confier le lieu au photographe Jean Dieuzaide pour en faire la première galerie municipale de photographie de France. Depuis 1974, le rez-de-chaussée est ouvert au public, et le sous-sol, restauré en 1984, expose des vestiges de la machinerie originale. Bien que les étages ne se visitent pas, le monument, inscrit aux Monuments Historiques en 1987, reste un symbole du patrimoine industriel toulousain, mêlant histoire technique et vocation artistique.
Le château d’eau s’inscrit dans un contexte urbain marqué par les défis de salubrité et d’approvisionnement en eau au XIXe siècle. Toulouse, en pleine croissance démographique, souffrait d’un réseau d’adduction vétuste. Le legs de Laganne et les innovations d’Aubuisson, Abadie et Raynaud ont permis de moderniser l’accès à l’eau potable, tout en laissant un héritage architectural unique. Aujourd’hui, le site célèbre à la fois l’ingénierie hydraulique pionnière et la photographie, deux piliers de la culture locale.