Origine et histoire du Château d'If
Le château d'If est une forteresse construite entre 1529 et 1531 sur ordre du roi François Ier, sur l’îlot d’If dans l’archipel du Frioul, au large de Marseille. Conçue comme un ouvrage militaire stratégique pour protéger la rade des attaques espagnoles, turques ou barbaresques, cette construction carrée de 28 mètres de côté, flanquée de trois tours d’angle, marque la transition entre les fortifications médiévales et les bastions modernes adaptés à l’artillerie navale. Son emplacement central dans la baie en fait un verrou défensif idéal, tout en symbolisant l’affirmation du pouvoir royal en Provence, suscitant la méfiance des Marseillais, qui le surnomment « la Malvoisine ».
Dès 1540, le château est transformé en prison d’État, devenant une « bastille des mers » où sont incarcérés des prisonniers politiques, des protestants après la révocation de l’édit de Nantes (1685), ou des opposants aux régimes successifs. Les conditions de détention varient selon les ressources des détenus : des cachots insalubres pour les plus pauvres aux « pistoles » (cellules payantes) pour les prisonniers aisés. Les graffitis laissés par les détenus, dont ceux des républicains de 1848, témoignent de cette histoire carcérale mouvementée. Le site doit sa célébrité mondiale à Alexandre Dumas, qui y situe l’emprisonnement d’Edmond Dantès et de l’abbé Faria dans Le Comte de Monte-Cristo (1844), inspirant une mythologie littéraire toujours vivace.
Classé monument historique en 1926, le château d’If est aujourd’hui géré par le Centre des monuments nationaux et attire 100 000 visiteurs annuels. Son architecture, mêlant éléments médiévalux (tours rondes, murs épais) et innovations bastionnées (embrasures à canons, terrasses d’artillerie), reflète les expérimentations militaires du XVIe siècle. Les aménagements successifs, comme l’enceinte périphérique ajoutée au XVIIe siècle ou les batteries basses proposées par Vauban, illustrent son évolution face aux progrès de l’armement. Intégré depuis 2012 au parc national des Calanques, l’îlot abrite aussi une biodiversité remarquable, avec des espèces végétales adaptées à la sécheresse et une avifaune protégée.
Avant sa construction, l’îlot d’If servait de pacage et fut le lieu d’une escale célèbre en 1516, lorsque François Ier vint y admirer un rhinocéros indien offert au pape Léon X par le sultan du Gujarat. Cet épisode, combiné au siège de Marseille par les Espagnols en 1524, convainquit le roi de la nécessité de fortifier la côte provençale. Le château, conçu comme un symbole de dissuasion autant que de défense, devint rapidement un outil de contrôle politique, notamment sous Louis XIV et pendant les révoltes républicaines du XIXe siècle.
Parmi ses prisonniers illustres figurent le comte de Mirabeau (1774–1775), enfermé sur lettre de cachet pour dettes et mœurs dissolues, ou Louis Auguste Blanqui, révolutionnaire incarcéré en 1877 après la Commune de Paris. Le général Kléber, assassiné au Caire en 1800, y reposa jusqu’en 1814. Ces figures, aux côtés des graffitis des détenus de 1848 — dont une frise de 25 mètres transformant la cour en « mémorial des vaincus » —, soulignent le rôle du château comme lieu de mémoire des luttes politiques françaises.
Depuis 1890, des navettes relient le Vieux-Port à l’île, facilitant l’accès à ce site emblématique. Les aménagements touristiques, comme la reconstitution des cellules de Dantès et de Faria au XIXe siècle, ou la rénovation du débarcadère en 2015, ont renforcé son attractivité. Classé parmi les monuments payants les plus visités de Marseille, le château d’If incarne à la fois un patrimoine militaire exceptionnel, un lieu de mémoire carcérale, et un symbole littéraire universel.