Origine et histoire du Château de Castelnau-Pégayrols
Le château de Castelnau-Pégayrols, attesté dès le XIe siècle, fut fondé par la famille de Lévézou avant d’être reconstruit à la fin du XIIe siècle (salles basses voûtées en berceau). Son plan trapézoïdal, marqué par un corps principal sud flanqué de deux tours carrées (dont l’ancien donjon), reflète son origine défensive. Les salles basses, aux voûtes massives, contrastent avec les étages supérieurs, ornés de stucs et éclairés par des baies à meneaux ajoutées plus tard. La cage d’escalier centrale, installée au XVIIIe siècle, modernisa l’accès aux étages, tandis que la porte monumentale arbore un fronton curviligne aux armes des familles Julien et d’une lignée non identifiée.
Au XVe siècle, deux ailes en équerre furent ajoutées, renforçant l’aspect forteresse : l’aile ouest relie le donjon à la tour des cuisines, tandis qu’une aile rectangulaire, peut-être postérieure, consolide la façade sud. Ces aménagements coïncident avec les troubles de la guerre de Cent Ans et l’occupation anglaise (traité de Brétigny, 1360), période où Castelnau, ceint de remparts, devint un enjeu stratégique. Les guerres de Religion (1556-1632) virent les Arpajon, seigneurs protestants, utiliser le château comme bastion face aux catholiques, Millau étant un foyer huguenot actif.
En 1758, Étienne-Hippolyte Julien de Pégayrolles, président au parlement de Toulouse, acquiert le domaine et le transforme entre 1760 et 1780 pour en faire une résidence aristocratique. Louis XV érige alors le marquisat de Pégayrolles, unissant Castelnau et Saint-Beauzély. Opposé aux réformes de Maupéou, Julien de Pégayrolles incarne la résistance parlementaire. Son fils, Louis-Hippolyte, 2e marquis, périt en prison en 1794 comme contre-révolutionnaire, scellant le déclin de la lignée. Le château, inscrit aux Monuments Historiques en 1975, conserve son système hydraulique médiéval et domine toujours la vallée de la Muse.
Le site, propriété privée, témoigne de trois époques clés : la fondation médiévale (XIe-XIIe), les renforcements défensifs (XVe) et la métamorphose classique (XVIIIe). Son parc abrite un système hydraulique classé, vestige des aménagements seigneuriaux. Les remparts, édifiés après la guerre de Cent Ans, illustrent l’adaptation du village aux conflits, tandis que les stucs et escaliers du XVIIIe siècle reflètent l’influence des Lumières sur l’aristocratie rouergate.