Origine et histoire du Château de Chastellux
Le château de Chastellux, situé à Chastellux-sur-Cure dans l’Yonne, trouve ses origines au XIe siècle avec la construction de la tour Saint-Jean vers 1080, l’un des plus anciens vestiges de ce type en Europe. Bâti sur un pic rocheux dominant la Cure, il servait initialement de forteresse défensive aux confins du duché de Bourgogne et du comté de Nevers. Son rôle stratégique était renforcé par des murs crénelés, des tours et un fossé, reflétant les tensions politiques de l’époque médiévale. La famille de Chastellux, descendante des seigneurs de Montréal, y exerce son pouvoir depuis plus de dix siècles, un cas rarissime en France.
Au XIIe siècle, le château se compose de hautes tours reliées par une muraille, avec des bâtiments en bois pour le bétail et le stockage. La tour Saint-Jean, symbole de l’indépendance seigneuriale, abrite une prison et un cachot, tandis qu’une seconde enceinte flanquée de tourelles renforce sa défense. En 1116, une audience de justice entre les barons locaux et l’abbaye de Molesme y est tenue, attestant de son importance juridique. Au XIIIe siècle, la salle des Gardes est construite (datée de 1240), marquant une expansion architecturale entre la tour de l’Ermitage et celle des Archives.
Les seigneurs de Chastellux, alliés des ducs de Bourgogne, jouent un rôle militaire clé, comme lors de la bataille de Cravant en 1423, où le maréchal Claude de Chastellux défait les Franco-Écossais. Cette victoire lui vaut des privilèges, dont celui d’entrer à cheval dans la cathédrale d’Auxerre. Au XVIIe siècle, le château reste une place forte stratégique : en 1615, le prince de Condé y établit une garnison de 100 hommes, et Louis XIII unit les fiefs des Chastellux en un comté en 1621. La tour d’Amboise est surélevée en 1592 par Olivier de Chastellux, renforçant son aspect résidentiel.
La Révolution française marque un tournant tragique : en 1792-1793, le château est vandalisé, ses archives brûlées, ses meubles dispersés, et ses blasons martelés. La famille, exilée en Italie avec les filles de Louis XV, ne revient qu’en 1810. Au XIXe siècle, César Laurent de Chastellux restaure le domaine en supprimant les ajouts du XVIIIe siècle pour retrouver son style médiéval, tout en surélevant la tour d’Amboise. Le château, classé Monument Historique en 1925 (puis en 1976 pour la tour Saint-Jean et 1989 pour les communs), reste un témoignage vivant de l’histoire bourguignonne.
Le château a également servi de décor cinématographique, comme pour Mon oncle Benjamin (1969) avec Jacques Brel, ou L’épingle noire (1982) avec Pierre Arditi. Aujourd’hui, il se visite partiellement, avec un parc accessible librement. La famille de Chastellux, toujours propriétaire, perpétue une tradition unique de transmission ininterrompue depuis le Moyen Âge, malgré les incendies (comme celui de 1975) et les aléas de l’histoire.