Origine et histoire du Château de Corcelles
Le château de Corcelles trouve ses origines au XIe siècle comme maison forte, mais sa reconstruction majeure intervient au XVe siècle sous l’impulsion d’Antoine de Thil, premier seigneur attesté. Le site, stratégique près de la rivière Douby, marquait la frontière entre Bourgogne et Beaujolais. En 1432, le château est détruit par les Bourguignons, puis rebâti vers 1470 par Jean de Laye, qui érige une tour carrée et deux tours rondes. La famille de La Magdeleine-Ragny en devient propriétaire en 1522, ajoutant des éléments Renaissance comme une galerie couverte et une chapelle gothique ornée de vitraux.
Au XVIe siècle, le capitaine Lazare Tircuy de La Barre, célèbre pour avoir capturé le colonel Alphonse d’Ornano, acquiert le domaine en 1592 grâce à une rançon de 40 000 écus. Le château joue un rôle discret pendant les guerres de Religion : en 1655, son propriétaire protestant, Laurent de l’Aube, accueille le pasteur Jean Léger, impliqué dans les Pâques vaudoises. La Révolution française marque un tournant : François Joseph Tircuy et son épouse, emprisonnés comme nobles, voient leur domaine morcelé pour doter leurs filles.
Classé Monument Historique en 1927, le château conserve des éléments défensifs (fossés, mâchicoulis) et résidentiels (logis Renaissance, puits ouvragé, cuvier du XVIIe siècle). Au XXe siècle, il accueille des intellectuels pendant la Seconde Guerre mondiale et inspire le peintre Maurice Utrillo, qui y réalise des toiles représentant le puits et les vignes. Depuis 1984, la famille Richard y exploite un domaine viticole, tout en ouvrant le château à la visite.
L’architecture mêle médiéval (enceinte quadrangulaire, tours) et Renaissance (galerie, chapelle aux armoiries des Magdeleine-Ragny). Le parc de 3,5 hectares, avec ses jardins à la française et ses arbres centenaires, complète ce site emblématique du Beaujolais, témoin de huit siècles d’histoire seigneuriale et viticole.