Origine et histoire du Château de Couzan
Le château de Couzan est une forteresse médiévale édifiée entre le XIe et le XVe siècle sur une butte granitique à Sail-sous-Couzan, en Auvergne-Rhône-Alpes. Bâti par la famille de Damas, branche cadette des sires de Semur en Brionnais, il servait de verrou stratégique sur une ancienne route vers l’Auvergne, dominant les vallées du Lignon et du Chagnon. Son histoire est marquée par des conflits entre les comtes de Forez, les sires de Beaujeu et les archevêques de Lyon, jusqu’à son rattachement définitif au comté de Forez en 1227.
Au XIIe siècle, les Damas-Couzan exploitent les rivalités régionales pour étendre leur pouvoir, faisant de Couzan la première des quatre baronnies du Forez. Le château s’agrandit aux XIIIe et XIVe siècles, reflétant l’apogée territoriale de la famille, qui possède alors quatre autres châteaux et des maisons fortes. En 1428, le mariage d’Eustache de Lévis avec Alice Damas, dernière héritière, transfère la seigneurie aux Lévis-Couzan. La forteresse, déjà en déclin au XVIe siècle, est abandonnée au profit du château de Chalain d’Uzore, plus confortable.
Dès 1656, le château est en ruine et sert de prison pendant la Révolution. Sauvé de la démolition en 1932 par son rachat par la société savante La Diana, il est classé Monument Historique dès 1890. Les fouilles archéologiques menées depuis les années 1990 ont révélé un castrum primitif du XIe-XIIe siècle, avec trois tours et des enceintes successives. Malgré son importance stratégique, Couzan n’a jamais généré une agglomération durable, la chapelle Saint-Saturnin et le prieuré clunisien de Sail polarisant l’habitat local.
L’architecture de Couzan illustre son évolution militaire : une tour-maîtresse du XIe siècle, une aula mentionnée en 1270, et quatre enceintes dont la dernière (XIVe-XVe siècles) comporte des tours rondes. Le site abrite aussi une église paroissiale romane, Saint-Saturnin, dont le chœur muré au XVIe siècle conserve un bénitier du XIIIe siècle, anciennement pierre à dîme gravée de visages solaires. Ce bénitier, symbole des récoltes et des tributs paysans, a inspiré l’emblème communal en 1971.
Les Damas, puis les Lévis-Couzan, ont marqué l’histoire du château par des alliances matrimoniales stratégiques. Au XVIIe siècle, après des changements de propriétaires (Saint-Priest, Luzy-Pellissac), le château tombe en ruine. Son sauvetage au XXe siècle par La Diana permet aujourd’hui d’étudier l’une des forteresses médiévales les plus impressionnantes du Forez, aux côtés de Montrond ou Urfé. Les recherches récentes éclairent son rôle dans les dynamiques féodales et son déclin face aux transformations sociales de l’époque moderne.