Origine et histoire du Château de Joviac
Le château de Joviac, situé à Rochemaure en Ardèche, est un exemple remarquable d’architecture noble de la fin du XVIe et du début du XVIIe siècle. Construit à partir de 1594, il intègre un donjon carré du milieu du XVIe siècle, initialement isolé par un fossé. L’édifice principal, flanqué de deux tours circulaires et d’une tour carrée, s’organise autour d’une cour d’honneur close de hauts murs. Son intérieur, réparti sur trois niveaux, reflète une organisation sociale stricte : rez-de-chaussée dédié aux pièces communes (cuisine, salle à manger, cave), premier étage réservé aux chambres et à une salle de réception, et second étage destiné aux serviteurs. Les ouvertures régulières et les greniers à orifices circulaires rappellent les magnaneries locales, témoignant de l’activité séricicole de la région.
Les dépendances du domaine, organisées en un vaste ensemble en « U », illustrent son rôle économique et social. À l’ouest, une ancienne salle de moulinage surmontée d’une magnanerie coexiste avec une « maison des pauvres », où les seigneurs distribuaient des vivres jusqu’à la Révolution. Le parc, ceint d’une grille du XIXe siècle, abrite des chênes et platanes datant du XVIIIe siècle, ainsi qu’une chapelle aménagée dans une tour de défense, une orangerie-pigeonnier, des terrasses cultivées (potager, verger, ruches), et des bâtiments utilitaires (écurie, four à pain, vivier). Ces éléments soulignent l’autosuffisance du domaine et son adaptation aux activités agricoles et artisanales locales, notamment la culture de la soie.
Le système hydraulique, créé en 1660, constitue une innovation majeure pour l’époque. Un barrage sur le ruisseau de Joviac alimente un aqueduc à arcades traversant le parc, permettant au moulinage de la soie de fonctionner toute l’année. Ce dispositif, classé Monument Historique en 2001 avec d’autres parties du domaine, atteste de la rationalité technique des propriétaires et de leur intégration dans l’économie régionale. Les inscriptions successives (1971 pour les façades, 1990 pour les communs et la chapelle) et le classement partiel en 2001 soulignent la valeur patrimoniale exceptionnelle de l’ensemble, à la fois architectural, agricole et industriel.
Les sources historiques mentionnent Jacques Ier de Joviac comme possible disciple d’Olivier de Serres, pionnier de l’agronomie française. Cette hypothèse, évoquée dans les travaux de Daniel Bouix (2007), suggère que le domaine aurait appliqué des méthodes agricoles innovantes pour l’époque, en lien avec les réseaux de savants ardéchois. Les jardins de Joviac, étudiés par Françoise Conac (2010, 2015), révèlent une organisation paysagère fonctionnelle, mêlant plantes médicinales, vergers et espaces de production. Ces éléments placent le château au cœur d’un territoire marqué par l’expérimentation agricole et l’adaptation aux ressources locales, entre Rhône et plateau du Coiron.