Origine et histoire du Château de Loches
La Cité royale de Loches, située dans le département d’Indre-et-Loire, réunit deux monuments majeurs : le donjon, l’un des plus anciens de pierre en France (début XIe siècle), et le logis royal, résidence favorite des Valois à la fin du Moyen Âge. Construite sur un éperon rocheux dominant la vallée de l’Indre, la forteresse fut transformée en prison par Louis XI au XVe siècle. Ses origines remontent à un castrum romain mentionné en 491, puis à un camp fortifié en bois, rasé en 742 par Pépin le Bref. Foulques Nerra, comte d’Anjou, érige la tour maîtresse entre 1013 et 1035, marquant le début de son rôle stratégique.
Au XIIe siècle, Henri II Plantagenêt renforce la place avec 2 km de remparts et des douves, encore visibles aujourd’hui. Le logis royal, bâti à partir de 1370 par Louis Ier d’Anjou, devient un lieu de pouvoir sous Charles VII (1418–1461), qui y rencontre Jeanne d’Arc en 1429. Agnès Sorel, favorite du roi, y réside jusqu’à sa mort en 1450, tandis qu’Anne de Bretagne et Charles VIII y séjournent à la fin du XVe siècle. François Ier, dernier monarque à fréquenter les lieux, y accueille Charles Quint en 1539.
Le donjon, utilisé comme prison jusqu’en 1926, abrite des cachots célèbres comme celui de Ludovic Sforza (1504–1508), orné de fresques et de sa maxime « Celui qui n’est pas content ». La tour Louis XI (ou Charles VII), haute de 27 m, illustre l’adaptation aux canons avec ses cellules gravées de graffitis. La collégiale Saint-Ours, liée au site, conserve le tombeau d’Agnès Sorel, transféré en 2005. Pillé pendant la Révolution, le château est restauré dès 1806 et ouvert au public en 1955.
Le logis royal, chef-d’œuvre d’architecture civile médiévale, se distingue par ses pignons à redents flamands et ses vastes baies. Il abrite des trésors comme l’oratoire d’Anne de Bretagne, sculpté aux armes de la duchesse, ou des copies de tableaux de Jean Fouquet (portrait de Charles VII, Vierge de Melun). Une tapisserie Renaissance, « Musica », et une copie des Grandes Heures d’Anne de Bretagne y sont exposées. Classé dès 1862, le site mêle histoire militaire, résidentielle et carcérale.
La Cité royale, gérée par le département d’Indre-et-Loire, inclut aussi le musée Lansyer et la collégiale. Les remparts sud, construits par Henri II d’Angleterre et Richard Cœur de Lion, ont servi de prison pour des Templiers. La caponnière (1539) et la porte Royale (XIIIe–XVe siècles) complètent ce dispositif défensif. Symbole du pouvoir angevin puis royal, Loches incarne les transitions entre Moyen Âge et Renaissance, entre forteresse et palais.