Frise chronologique
1308
Charte de franchise de Nanc
Charte de franchise de Nanc
1308 (≈ 1308)
Premier document mentionnant la seigneurie, sans château.
1434
Confiscation par Philippe le Bon
Confiscation par Philippe le Bon
1434 (≈ 1434)
Nicolas Rolin reçoit la seigneurie de Nanc.
1479
Destruction par Louis XI
Destruction par Louis XI
1479 (≈ 1479)
Première maison forte rasée pendant les guerres.
1634-1644
Guerre de Dix Ans
Guerre de Dix Ans
1634-1644 (≈ 1639)
Nanc épargné malgré les destructions régionales.
XVIe siècle
Reconstruction du château actuel
Reconstruction du château actuel
XVIe siècle (≈ 1650)
Adaptation aux conflits frontaliers post-1482.
1748
Révolte contre les Vuillemenot
Révolte contre les Vuillemenot
1748 (≈ 1748)
Incendie partiel et mort de deux gardiens.
3 septembre 1934
Classement monument historique
Classement monument historique
3 septembre 1934 (≈ 1934)
Protection des façades et toitures.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Façades et toitures : inscription par arrêté du 3 septembre 1934
Personnages clés
| Nicolas Rolin - Chancelier de Bourgogne |
Propriétaire après confiscation en 1434. |
| Laurent de Gorrevod - Gouverneur de Bresse et conseiller |
Père de Pernette, propriétaire en 1519. |
| Pernette de Gorrevod - Dame de Nanc |
Héritière et épouse de Charles de Montjouvent. |
| Charles-Eugène de Lévis-Charlus - Lieutenant-général et pair de France |
Propriétaire au XVIIe siècle, bâtisseur de chapelles. |
| Emmanuel-Marie Vuillemenot - Seigneur de Nanc au XVIIIe |
Déclenche la révolte de 1748 par ses taxes. |
| Abbé Jules-François Moirod - Historien local |
Auteur des fresques de la chapelle. |
Origine et histoire
La maison forte de Nanc, située à Nanc-lès-Saint-Amour dans le Jura (Bourgogne-Franche-Comté), est une construction rectangulaire de 24x14 mètres orientée sud-est, dotée de trois étages et d’une tour circulaire centrale avec escalier à vis. Ses fenêtres à meneaux, ses murs épais (1,6 à 1,8 m) et ses meurtrières reflètent son rôle défensif sur la route du sel, une voie multimillénaire cruciale pour le commerce et les taxes. Une fresque de l’abbé Moirod dans la chapelle locale atteste de l’existence d’une tour crénelée, tandis que des archives évoquent une première maison forte effondrée vers 1448.
La seigneurie de Nanc, initialement liée aux Dramelay (Xe-XIe siècles), passe entre les mains des Laubespin au XIVe siècle. En 1434, Philippe le Bon, duc de Bourgogne, confisque le fief à Antoine de Laye (allié du roi de France) pour le donner à son chancelier Nicolas Rolin, qui contrôle déjà 60 fiefs stratégiques. La première maison forte, probablement construite vers 1400 par les Laubespin, est détruite en 1479 lors des guerres de Louis XI contre la Comté. La reconstruction au XVIe siècle coïncide avec la paix d’Arras (1482) et la nécessité de sécuriser la frontière entre le royaume de France et le Saint-Empire, alors que la région devient un enjeu pour le commerce du sel et la contrebande.
Au XVIe siècle, le château passe aux Champdivers, puis aux Gorrevod : Pernette de Gorrevod (fille illégitime de Laurent de Gorrevod, gouverneur de Bresse et proche de Marguerite d’Autriche) en hérite en 1519. Laurent de Gorrevod, figure majeure de l’empire de Charles Quint, supervise aussi la construction de l’église de Brou. Les Montjouvent, alliés aux Gorrevod, possèdent ensuite Nanc jusqu’au XVIIe siècle. Le château survit aux guerres de Dix Ans (1634-1644) et à l’annexion française de 1678, contrairement aux forteresses voisines comme Laubespin, rasées par les troupes de Louis XIV.
Au XVIIIe siècle, les Vuillemenot (anoblis par leur charge à Dole) acquièrent Nanc en 1713. Emmanuel-Marie Vuillemenot relance en 1745 des droits seigneuriaux oubliés, déclenchant une révolte en 1748 : les archives sont brûlées, deux gardiens tués, et le village se vide temporairement. La Révolution française achève de fragiliser le château, pillé en 1794. Racheté par la commune en 1838, il abrite mairie et école jusqu’en 1936. Classé monument historique en 1934 pour ses façades et toitures, il est aujourd’hui un témoignage des luttes frontalières et des tensions sociales en Franche-Comté.
Les fresques de l’abbé Moirod, conservées dans la chapelle, illustrent des épisodes clés comme la construction des chapelles par Charles-Eugène de Lévis-Charlus (XVIIe siècle) ou les tours de guet imposés aux sujets de Nanc. Les fouilles du XIXe siècle révèlent un escalier taillé dans le roc, vestige possible du premier château. Le blason des Champdivers (d’azur au chevron d’or), autrefois visible au-dessus de la porte, rappelle l’influence des familles nobles locales, tandis que l’épaisseur des murs et les défenses rappellent son rôle dans les conflits franco-comtois.