Le château de Picquigny est un ancien château fort aujourd’hui en ruines, situé sur la rive gauche de la Somme, à flanc de coteau. Ce site stratégique servait de verrou sur le fleuve, contrôlant à la fois la circulation des marchandises et des personnes grâce à un péage. Son emplacement offrait un point de vue dominant entre Amiens et Abbeville, dans une vallée marécageuse difficilement franchissable.
La seigneurie de Picquigny, l’une des plus puissantes du royaume de France, remonte au moins au VIIe siècle, lorsque le roi Dagobert s’en empara en 632. Au Xe siècle, elle devint un franc-alleu, doté de droits singuliers, et fut transmise à des seigneurs comme Guermond (1013) ou Eustache de Picquigny, premier vidame d’Amiens en 1040. Ce titre, non héréditaire mais lié à la possession du château, lui conférait des prérogatives comme la frappe monétaire et la protection des intérêts de l’évêque. La seigneurie comptait jusqu’à 1 800 vassaux et 700 fiefs au XVIIe siècle.
Le château fut le théâtre d’événements marquants, comme l’assassinat de Guillaume Ier de Normandie en 942 sur ordre d’Arnoul de Flandre, ou l’incarcération des Templiers du bailliage d’Amiens en 1307, sur ordre de Philippe IV le Bel. Pendant la guerre de Cent Ans, Édouard III d’Angleterre échoua à franchir la Somme à Picquigny en 1346. Incendié par Charles le Téméraire en 1470, le château fut reconstruit à la Renaissance avant de décliner : abandonné au XVIIIe siècle, il servit de carrière de pierres après la Révolution.
Au XIXe siècle, les ruines furent redécouvertes par des artistes et historiens. Classé monument historique en 1906, le site fut légué en 1912 à la Société des Antiquaires de Picardie, qui en assura la préservation jusqu’en 2013, date de son rachat par le baron Michel Morange. Aujourd’hui, les vestiges incluent des remparts, la porte du Gard, des tours d’angle, et le pavillon Sévigné, un escalier monumental du XVIIe siècle. Des fêtes médiévales et des restaurations (comme celle du rempart nord en 2005) animent désormais le site.
Architecturalement, le château mêlait des éléments médiévaux (murailles épaisses, fossés, tours circulaires) et des ajouts Renaissance (façades à pilastres, croisées à meneaux). La façade sud, tournée vers le plateau, conservait son aspect défensif, tandis que la façade nord, disparue, abritait un logis seigneurial de trois niveaux. Le site comprenait aussi une collégiale, des souterrains, et des jardins. Les armoiries des familles seigneuriales (d’Ailly, de Melun) ornent encore les portes et le pavillon Sévigné.
Parmi les personnalités liées au château, Madame de Sévigné y séjourna en 1689 et en fit une description dans ses lettres. Henri IV, Charles VIII, et Richelieu y passèrent également une nuit. Victor Hugo et les frères Duthoit, graveurs, s’intéressèrent aussi à ses ruines. Le château illustre ainsi près d’un millénaire d’histoire, des Mérovingiens à la Révolution, en passant par les conflits franco-anglais et les fastes de la Renaissance.
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