Origine et histoire du Château de Rapetour
Le château de Rapetour, parfois appelé Raptour, est une maison forte édifiée dès le XIIIe siècle à l’entrée du village de Theizé, en Beaujolais. À l’origine, il s’agit d’un des trois fiefs du village, construit par les chevaliers de Viego sur un terrain cédé par les seigneurs de Beaujeu. Le donjon, érigé au XIIIe siècle, marque l’ancrage aristocratique de la famille, avec une aula, une chapelle et une chambre seigneuriale, éléments typiques de l’habitat noble médiéval. Le site, stratégiquement placé à l’ouest-sud-ouest du bourg, combine fonctions défensives (bretèches, mâchicoulis, archères) et symboles de pouvoir.
Au XVe siècle, le château passe aux mains de la famille de Varennes par héritage, après l’extinction des Viego. Henri de Viego, dernier représentant mâle, lègue en effet Rapetour à Jean de Varennes en 1422. Le XVIe siècle marque l’apogée du domaine sous Pierre de Varennes, qui y ajoute une galerie à l’italienne ornée de blasons et de motifs alchimiques, reflétant l’influence humaniste lyonnaise et les réseaux ésotériques de l’époque. La devise « Non est mortale quod opto », tirée des Métamorphoses d’Ovide, est adoptée par la branche Varennes-Rapetour, soulignant leur attachement aux idées néoplatoniciennes.
Au XVIIe siècle, le château est acquis par Claude Brossette, fondateur de l’Académie des beaux-arts de Lyon et proche de Boileau. Bien qu’il n’y réside jamais, Brossette s’intéresse à sa symbolique alchimique et en fait un lieu d’étude. Le domaine reste dans sa famille jusqu’à la Révolution. Au XIXe siècle, Rapetour est converti en exploitation agricole et morcelé entre plusieurs propriétaires, avant d’être sauvé de la ruine au XXe siècle par Madame Chiarinelli, puis restauré par la famille Gaucherand entre 1991 et 2008. Leurs efforts permettent le classement du château en 1989 et la réhabilitation de ses éléments majeurs (tour ronde, chapelle, escaliers à vis).
Les recherches contemporaines ont révélé l’importance des symboles alchimiques peints ou sculptés dans le château, liés à la tradition rosicrucienne de Brossette. Aujourd’hui, Rapetour est à nouveau une exploitation viticole, produisant un Beaujolais rouge et blanc sous son nom. Environ 40 % du château reste à restaurer, dont un escalier à vis inutilisable. Le site, ouvert au public, témoigne de sept siècles d’histoire, mêlant architecture militaire, humanisme lyonnais et mystère ésotérique.
La généalogie des familles propriétaires (Viego, Varennes, Brossette) illustre les mutations sociales du Beaujolais, des chevaliers médiévaux aux bourgeois échevins de Lyon. Les armoiries des Varennes (losangé d’argent et d’azur) et de Brossette (caduceus et soleil d’or), chargées de symboles, rappellent leur engagement dans les réseaux intellectuels de leur temps. Enfin, les fouilles archéologiques récentes ont mis au jour d’anciens escaliers et aménagé un jardin de simples, redonnant au domaine son écrin paysager historique.