Origine et histoire du Château du Castellas
Le Château du Castellas, implanté sur la commune de Saint-Bonnet-de-Salendrinque dans le Gard, trouve ses origines sur un site probablement occupé par un oppidum romain lié à une carrière de gypse. Dès 864, une forteresse carolingienne, appelée « Castellas », est édifiée sur un piton rocheux pour contrôler les voies entre Saint-Hippolyte-du-Fort et Anduze. Ce premier édifice, composé d’une tour carrée à deux niveaux et d’une palissade, évolue au XIIe siècle sous l’influence de la Maison d’Anduze, avec l’ajout d’une muraille crénelée et d’un donjon à trois niveaux.
Au Moyen Âge, le château est un fief des seigneurs de Saint-Bonnet, vassaux des évêques de Nîmes. En 1174-75, Bernard VI d’Anduze rend hommage pour ce château à l’évêque Aldebert d’Uzès. La famille de Barre, dont le chevalier Pierre de Barre (compagnon de Guillaume de Nogaret), en assure la garde jusqu’au XVIe siècle. Les transformations successives lui donnent sa forme en « L », avec des salles voûtées (berceau, ogives) et des aménagements comme un four à pain et un aiguier, reflétant son adaptation aux besoins résidentiels et défensifs.
À la Renaissance, le château passe des mains de la noblesse d’épée (François de Taulignan) à une noblesse de robe (famille De Bucelli, puis De Vignolles). Isabeau des Urcières de Gaudette, héritière au début du XVIIe siècle, entreprend d’importants travaux : surélévation des tours nord et sud (1617-1620), ajout de fenêtres à meneaux, construction d’une calade dans la cour, et aménagement d’un escalier dans le donjon. Ces embellissements, interrompus par les troubles religieux (1622), transforment la forteresse en une demeure d’agrément, bien que partiellement inachevée.
La Révolution marque un tournant : en 1792, la tour nord est incendiée par des révolutionnaires, et le château, vendu comme bien national en 1794, devient une magnanerie puis un bâtiment agricole. Abandonné et ruiné, il est racheté en 1973 et fait l’objet d’une réhabilitation depuis lors. Classé Monument Historique en 1980, il illustre l’évolution d’une forteresse médiévale en résidence seigneuriale, témoignant des mutations architecturales et sociales entre le XIIe et le XVIIe siècle.