Origine et histoire
La chapelle-ossuaire Saint-Michel, située dans le cimetière de Wihr-au-Val (Haut-Rhin, Grand Est), date de la fin du XVe siècle. Elle servait à la fois de lieu de culte et d’ossuaire pour les villages de Wihr-au-Val et Walbach jusqu’en 1696. Construite en moellons et grès rose, elle présente un plan rectangulaire de 11 m sur 8,70 m, avec trois niveaux : un rez-de-chaussée pavé de galets abritant les ossements, et un étage dédié à la chapelle, autrefois consacrée à saint Michel, protecteur des morts. L’édifice, partiellement enterré côté nord, est surmonté d’un clocheton.
L’intérieur de l’ossuaire est orné de memento mori du XVIIIe siècle, dont une fresque citant les Maccabées et des têtes de mort accompagnées d’inscriptions en allemand. Une toile représentant la résurrection des morts, peut-être issue de l’ancienne église paroissiale détruite au XIXe siècle, y est également conservée. Le site abrite aussi des vestiges gothiques, comme un portail du XVe siècle et un bénitier du XIVe siècle. Ces éléments suggèrent une occupation funéraire ancienne, bien que les sépultures découvertes aux alentours n’aient pas été datées avec précision.
La chapelle, en mauvais état au XIXe siècle, a fait l’objet de réparations sommaires en 1871 avant une restauration complète en 1889, incluant le remplacement de la charpente, du sol et des vitrages. Une dernière campagne de travaux en 1987 a permis de conserver les enduits, le plancher, et d’ajouter une balustrade protégeant les ossements. Classée monument historique en 1986, la chapelle a perdu une partie de son mobilier (autels baroques, retables) au fil des siècles, mais conserve des images pieuses du XVIIIe siècle, découvertes en 1997 parmi les ossements.
Ces images, imprimées sur vélin et originaires d’Augsbourg ou d’Anvers, illustrent des saints et des emblèmes religieux comme le Sacré-Cœur. Leur présence dans l’ossuaire s’expliquerait par la pratique de les placer sur les cercueils avant le relevage des tombes, dans un contexte de Contre-Réforme catholique. L’Alsace, majoritairement protestante, importait alors ces images dévote, absentes de la production locale.
Architecturalement, la chapelle se distingue par ses baies gothiques (arcs en accolade, réseaux flamboyants) et ses armoiries sculptées sur la porte ouest, incluant celles de Wihr-au-Val et de la famille Hattstatt. Le rez-de-chaussée, divisé par une balustrade baroque, sépare l’espace de prière (sud) de l’ossuaire (nord). L’étage, accessible autrefois par un escalier extérieur, est éclairé par des fenêtres à arcs brisés et en plein cintre, dont certaines pourraient être des réemplois.
Le cimetière, initialement centré autour de l’ancienne église paroissiale (remplacée en 1873 par l’actuelle église Saint-Martin), s’étendait probablement plus au nord, comme en témoignent des découvertes de tombes dans le secteur appelé « Gräber ». Aucune datation précise de ces sépultures n’a cependant été établie, laissant ouverte la question de l’ancienneté du site funéraire.