Origine et histoire du Cimetière du Mont-Saint-Michel
Le cimetière communal du Mont-Saint-Michel, classé au titre des monuments historiques par arrêté du 25 janvier 1934, est indissociable de l’église Saint-Pierre, édifice catholique des XIVe, XVe et XVIIe siècles. Situé au sud de l’église, il s’étend originellement sur un rayon de 30 mètres autour de celle-ci, comme l’ont révélé des fouilles en 2017 mettant au jour des sépultures médiévales antérieures au XIIIe siècle. Aujourd’hui réduit à deux terrasses étroites, il abrite cinq tombes sur la parcelle supérieure et un jardin du souvenir en contrebas. Une croix de granite du XVIe siècle, inscrite en 1974, marque son espace sacré.
L’enceinte du cimetière, protégée depuis 1934, délimite un espace funéraire historiquement lié à la paroisse et à l’abbaye. Cinq dalles funéraires, dont deux datées du premier quart du XVIIe siècle, sont exposées verticalement sur le mur ouest. Un monument aux morts de la Première Guerre mondiale, orné des armoiries abbatiales, rappelle les huit enfants du village tombés au combat. Les fouilles récentes suggèrent que ce cimetière était le lieu de sépulture des habitants du Mont avant le XIIIe siècle, offrant un témoignage rare de la vie villageoise médiévale sur le rocher.
L’église Saint-Pierre, contre laquelle s’adosse le cimetière, fut fondée selon la tradition au VIIIe siècle par saint Aubert, évêque d’Avranches, comme lieu de sépulture. Son histoire est marquée par des remaniements majeurs : agrandissement du chœur au XVIe–XVIIe siècles, ajout d’un clocher sud au XVe siècle, et transformation en sanctuaire de pèlerinage à saint Michel en 1886. Le rez-de-chaussée de la tour-clocher, autrefois passage vers le cimetière, fut condamné à la fin du XIXe siècle pour créer une chapelle dédiée à l’archange.
Le classement du cimetière en 1934 s’inscrit dans une volonté de préserver l’intégrité du village médiéval, complémentaire à celui de l’église en 1909. Les travaux de 2017 ont révélé que le cimetière médiéval s’étendait bien au-delà de son périmètre actuel, couvrant une partie significative du flanc est du rocher. Ces découvertes, encore à l’étude, devraient éclairer la démographie et les pratiques funéraires des habitants du Mont avant le XIIIe siècle, période où le site était à la fois un lieu de culte et une forteresse.
Le cimetière et son enceinte illustrent ainsi la dualité du Mont-Saint-Michel : à la fois village paroissial et lieu de pèlerinage majeur. Leur protection répond à un double enjeu patrimonial – mémoriel pour les habitants, et historique pour les millions de visiteurs annuels. La croix du XVIe siècle, les dalles funéraires et le monument aux morts témoignent de cette stratification temporelle, où sacralité et mémoire collective se superposent depuis plus d’un millénaire.