Origine et histoire du Cimetière
Le cimetière du Père-Lachaise, officiellement nommé cimetière de l'Est, fut inauguré le 21 mai 1804 sur l'ancienne propriété des Jésuites, le Mont-Louis. Conçu par l'architecte Alexandre-Théodore Brongniart, il rompit avec les cimetières traditionnels en adoptant un plan de jardin à l'anglaise, avec des allées sinueuses bordées d'arbres et de monuments funéraires. Initialement méprisé par les Parisiens en raison de son éloignement et de sa localisation dans un quartier populaire, il devint un lieu prisé après le transfert des dépouilles d'Héloïse et Abélard (1817), puis de Molière et La Fontaine. Ces translatations symboliques, orchestrées par le préfet de Paris, transformèrent le cimetière en un lieu de mémoire nationale.
Le site connut cinq agrandissements majeurs entre 1824 et 1850, passant de 17 à 44 hectares. Son portail monumental, œuvre d'Étienne-Hippolyte Godde (1825), s'inspire du néoclassicisme, avec des inscriptions bibliques latines et des motifs funéraires (sabliers ailés, flambeaux). Le cimetière abritait des carrés confessionnels (juif, musulman, protestant) jusqu'à leur interdiction en 1881. Pendant la Commune de Paris (1871), il fut le théâtre d'affrontements sanglants : 147 fédérés y furent fusillés contre le mur des Fédérés, devenu un symbole de la répression versaillaise.
Au XIXe siècle, le Père-Lachaise devint un musée à ciel ouvert grâce à des sculpteurs et architectes renommés, comme David d'Angers (monuments des Maréchaux d'Empire) ou Hector Guimard. Le columbarium-crématorium, construit par Jean-Camille Formigé (1894), fut le premier de France, avec une architecture néo-byzantine et une coupole en grès. Des personnalités comme Oscar Wilde, Frédéric Chopin ou Jim Morrison y reposent, attirant plus de 3,5 millions de visiteurs annuels. Classé partiellement aux monuments historiques (1983-2008), il allie patrimoine funéraire, biodiversité (4 000 arbres, 80 essences) et mémoire collective.
La chapelle catholique, financée par un legs en 1821 et consacrée en 1834, coexiste avec des lieux de culte disparus, comme la mosquée du carré musulman (détruite en 1914). Le cimetière reflète les évolutions sociales, de l'interdiction des carrés confessionnels (1881) à la laïcisation des funérailles. Aujourd'hui, il reste un lieu actif, géré par la Ville de Paris, où se côtoient inhumations, commémorations (Commune, Shoah) et tourisme culturel. Son statut de site classé (1962) protège sa partie romantique, tandis que 30 000 monuments funéraires sont inscrits ou classés.
La Première Guerre mondiale marqua le cimetière : en 1918, des obus allemands (Grosse Bertha) endommagèrent la chapelle Thouvenin. Le columbarium, avec ses 26 600 cases, devint un lieu de mémoire pour les victimes du sida dans les années 1980. Le cimetière abrite aussi des mémoriaux (guerres, catastrophes) et des arbres remarquables, comme un érable de Montpellier planté en 1883. Malgré sa saturation depuis les années 1950, il reste un espace vert majeur de Paris, hébergeant une faune diversifiée (renards, chauves-souris, 40 espèces d'oiseaux).