Origine et histoire du Cimetière
Le cimetière du Nord, communément appelé cimetière de Montmartre, est situé dans le 18e arrondissement de Paris, au 20 avenue Rachel ; il couvre environ 11 hectares et constitue, avec le cimetière des Batignolles, le troisième plus vaste cimetière intra-muros après le Père-Lachaise et Montparnasse. Le site occupe les anciennes carrières de gypse de Montmartre, matériau largement utilisé pour le plâtre dans la capitale. Pendant la Révolution, les cimetières furent considérés comme biens nationaux par la loi du 15 mai 1791 ; le cimetière paroissial de Montmartre, dit cimetière du Calvaire, devint propriété communale puis fut fermé, ce qui est probablement à l'origine du « grand cimetière du Nord ». Après l’arrêt de l’exploitation des carrières, ces terrains servirent de fosses communes, notamment pour les Gardes suisses tués au palais des Tuileries le 10 août 1792. La nécropole porta successivement des appellations telles que Grandes-Carrières, Barrière-Blanche, cimetière sous Montmartre ou Champ du Repos, avant de devenir le cimetière de Montmartre, et accueillit des Parisiens ne pouvant être inhumés dans les limites de la ville, souvent dans des conditions déplorables. En septembre 1798, la Ville acheta un terrain d’un hectare pour y établir un cimetière plus digne, mais cet emplacement devint rapidement insuffisant et fut abandonné faute d’extension possible. Entre 1818 et 1824, la Ville acquit de nouveaux terrains ; l’architecte Étienne-Hippolyte Godde organisa l’aménagement et le cimetière fut inauguré le 1er janvier 1825. En 1847, la municipalité acheta des terrains supplémentaires d’une superficie de 9 hectares situés entre les rues Étex, Coysevox, Marcadet et Eugène-Carrière, partie qui fut toutefois abandonnée en 1879. Le village de Montmartre fut intégré dans les limites de Paris en 1860. En 1867, le préfet Georges Eugène Haussmann proposa le prolongement de la rue Caulaincourt à travers le cimetière, projet très contesté ; la pétition contre le percement fut rejetée, mais le tracé fut modifié pour prévoir un pont surplombant le site. Les travaux du pont Caulaincourt débutèrent en 1887 et le pont métallique fut inauguré par le préfet Eugène Poubelle le 16 décembre 1888 ; il enjambe aujourd’hui le cimetière, fait quasi unique en France. Le cimetière de Montmartre compte plus de 20 000 concessions et accueille environ 500 inhumations par an. La chapelle Fournier, représentative du style antiquisant inspiré par les découvertes archéologiques et par le vocabulaire religieux funéraire, se distingue par sa monumentalité, la qualité de son architecture et de sa sculpture ; elle a été inscrite au titre des monuments historiques par arrêté du 20 décembre 2013. La Ville de Paris a lancé en 2012 une étude pour renforcer la protection paysagère et patrimoniale du cimetière ; l’Atelier parisien d’urbanisme a publié en décembre 2013 une étude en vue d’un classement comparable à celui du Père-Lachaise. Deux édifices ont bénéficié de mesures de protection : la chapelle Fournier, inscrite en 2013 et attribuée à Pierre-Léonard Laurecisque, et la chapelle Potocki, construite vers 1845 par Jacques Ignace Hittorff et classée en 2014 ; ces protections instaurent une zone de sauvegarde de 500 mètres autour des monuments concernés. La tombe la plus visitée est celle de Dalida, décorée d’une sculpture en taille réelle et de rayons dorés, souvent abondamment fleurie. Le cimetière apparaît également dans la culture : Guy de Maupassant y situe sa nouvelle Les Tombales (1891), François Truffaut y a tourné des scènes pour Les Quatre Cents Coups (1959) et L’Amour en fuite (1979), et Christophe Honoré y place une scène dans Plaire, aimer et courir vite (2018).