Origine et histoire du Cimetière
Le cimetière de Picpus occupe une partie de l'ancien couvent des chanoinesses de Saint‑Augustin, dont les religieuses furent expulsées en 1792 et dont les bâtiments, réquisitionnés comme bien national, furent utilisés comme maison de santé par Coignard. En juin‑juillet 1794, pendant la Terreur, une portion du jardin servit à l'inhumation des victimes exécutées place du Trône renversé : deux fosses communes recueillirent au total 1 306 corps. Les fosses, creusées dans la partie nord‑est du jardin, furent successivement remplies ; une troisième fosse découverte en 1929 ne semble pas avoir été utilisée. Les fossoyeurs utilisèrent la chapelle du couvent comme bureau, et les noms des 1 306 personnes furent gravés sur deux plaques de marbre placées près du chœur. Le domaine fut vendu et divisé à la fin du XVIIIe siècle ; le terrain contenant les fosses fut revendu dès 1796, puis acquis par des familles de victimes grâce à une souscription lancée en 1802, ce qui permit de préserver ce lieu. Un cimetière privé, réservé aux descendants de ces familles, fut créé à la suite des fosses ; la première inhumation y eut lieu en 1805. Dès 1805, les Sœurs de la Congrégation des Sacrés‑Cœurs et de l'Adoration Perpétuelle s'installèrent dans les bâtiments reconstruits du couvent et assurent depuis le service religieux du lieu. Une chapelle dédiée à Notre‑Dame‑de‑la‑Paix, située à l'entrée, permet la célébration des offices ; elle abrite la liste des victimes et la statue de la Vierge. Parmi les personnes inhumées figurent Gilbert du Motier, marquis de La Fayette, inhumé aux côtés de son épouse Adrienne de Noailles, ainsi que 1 306 victimes de la Terreur, dont notamment les seize Carmélites de Compiègne, les poètes André Chénier et Jean‑Antoine Roucher, l'architecte Richard Mique, Alexandre de Beauharnais et plusieurs personnalités ecclésiastiques et aristocratiques. De nombreuses familles représentées au comité fondateur de 1802 continuent d'utiliser le cimetière comme lieu d'inhumation, et des plaques commémoratives évoquent aussi des membres déportés et morts pendant la Seconde Guerre mondiale. La Fayette repose sous la terre rapportée de Brandywine ; un drapeau américain flotte en permanence sur sa tombe et est renouvelé chaque 4 juillet depuis 1917 par des sociétés commémoratives. La communauté religieuse prie pour les victimes et, selon la volonté des fondateurs, pour leurs bourreaux, faisant du site un lieu de mémoire, de méditation et de pardon. Pendant la Commune de Paris, la communauté de Picpus fut de nouveau frappée : plusieurs pères furent pris en otage et exécutés. Le jardin, les fosses et le mur d'enceinte sont protégés au titre des monuments historiques, inscription effective en 1998. Situé 35, rue de Picpus dans le 12e arrondissement, ce cimetière privé se visite l'après‑midi du lundi au samedi, de 14 h à 17 h.