Origine et histoire
Le cimetière protestant de Nîmes, situé au 17 bis avenue du Pasteur-Paul-Brunel (ancienne route d’Alès), est le plus ancien cimetière collectif protestant de France. Fondé en 1779 après l’autorisation royale de Louis XVI en 1776, il fut aménagé dans d’anciennes parcelles de vignes et d’oliviers en périphérie de la ville. La première sépulture y eut lieu en 1782. Ce lieu, initialement un jardin transformé en nécropole pour les non-catholiques, devint un cimetière paysager au XIXe siècle, structuré par des allées géométriques et des murs de clôture successifs. Un pont enjambant le Cadereau (1857) relie ses deux parties principales, tandis qu’une sacristie du désert, ancien mazet abritant une chaire démontable, témoigne de son usage cultuel clandestin sous l’Ancien Régime.
Le cimetière se distingue par son architecture éclectique, mêlant styles néo-classique et néo-roman, et abrite des tombes de personnalités locales ainsi que des œuvres majeures. Parmi elles, la statue l’Immortalité (début XIXe siècle), dernière sculpture de James Pradier, classée monument historique en 1911. Le grand vestibule d’entrée, jugé insuffisant, fut complété en 1873 par une salle des oraisons conçue par Randon de Grolier. Le site, inscrit aux monuments historiques en 2001, couvre les murs de clôture, les bâtiments d’entrée, le pont, et la sacristie. Sa gestion revient à une association cultuelle, soulignant son ancrage communautaire.
Le cimetière protestant de Nîmes compte près de 6 000 tombes, dont 2 720 encore actives, et accueille les sépultures de figures marquantes de la ville : pasteurs (Charles-Édouard Babut, Samuel Vincent), artistes (le sculpteur Auguste Bosc, le peintre Jules Salles-Wagner), scientifiques (l’astronome Benjamin Valz), ou encore des résistants comme l’officier Louis Rossel. Ces inhumations reflètent l’histoire sociale et intellectuelle de Nîmes, marquée par une forte identité protestante depuis la Réforme. Le lieu, étudié dans des thèses universitaires et des ouvrages spécialisés, incarne à la fois un patrimoine funéraire exceptionnel et un symbole de la tolérance religieuse progressive en France.
L’évolution stylistique des tombes, laissée libre aux familles, illustre les courants artistiques du XIXe siècle. Le cimetière, initialement modeste, devint un espace paysager organisé, avec des allées parallèles dans la partie gratuite, en angle droit dans la section Bergeron, et en diagonale dans la partie Martin. Les extensions successives, comme le pont de 1857 ou la salle des oraisons, répondirent à l’accroissement démographique et aux besoins cultuels. Aujourd’hui, il reste un lieu de mémoire active, géré par la communauté protestante, et un témoignage unique de l’histoire religieuse et architecturale du Gard.