Origine et histoire
Le Cinéma Castillet, situé à Perpignan dans les Pyrénées-Orientales, est l’un des plus anciens cinémas de France encore en activité. Construit en 1911 par l’architecte Eugène Montès et décoré par le sculpteur Alexandre Guénot, il s’inspire de l’architecture théâtrale du XIXe siècle tout en intégrant des motifs Art Nouveau. Sa façade, ornée de céramiques émaillées et de ciment moulé, a été vivement critiquée à son inauguration pour son style jugée funèbre, mais son inauguration le 7 novembre 1911, à but humanitaire, fut un succès.
Le cinéma a été fondé par Jean Font, un passionné de cinéma originaire de Barcelone, qui a choisi Perpignan après avoir découvert l’emplacement idéal sur le boulevard Wilson. Les façades et toitures, incluant la marquise métallique ajoutée en 1912, ont été inscrites aux monuments historiques en 1997. Le Castillet a survécu à des périodes difficiles, comme la fermeture imposée pendant la Première Guerre mondiale (1914-1915), avant de rouvrir sous conditions strictes, dont le reversement de 25 % des bénéfices aux œuvres caritatives.
En 1918, des travaux d’agrandissement ont permis d’accueillir des troupes de théâtre et des opérettes, diversifiant son offre culturelle. Jean Font a innové en organisant des séances de cinéma en plein air dès 1922, gratuites puis payantes, rencontrant un vif succès. Le passage au cinéma parlant en 1930, d’abord au Nouveau Théâtre puis au Castillet, a marqué une nouvelle ère, malgré des défis financiers liés à la hausse des tarifs. En 1936, Jean Font, après 26 ans de dévouement, a reçu la Légion d’honneur.
Le cinéma a également connu des drames, comme l’incendie mortel de 1934 dans un autre cinéma perpignanais, entraînant des normes de sécurité renforcées. Malgré des tensions avec la municipalité, notamment en raison de son origine espagnole, Jean Font a maintenu le Castillet comme un lieu central de la vie culturelle locale. En 1953, une rénovation par l’architecte Scob a modernisé la salle, tout en préservant son caractère historique. Aujourd’hui, ses façades, quasi inchangées depuis 1911, témoignent de son héritage architectural et culturel unique.
Les décors intérieurs, réalisés par Alexandre Guénot, mêlent ciment moulé et frises en céramique polychrome, inspirées par l’Art Nouveau. Les pylônes funèbres et les motifs floraux, bien que critiqués à l’époque, sont aujourd’hui des éléments emblématiques du monument. Classé « Patrimoine du XXe siècle », le Castillet reste un symbole de la résilience et de l’innovation dans l’histoire du cinéma français.