Origine et histoire de la Citadelle
La citadelle de Calais fut construite à partir de 1564 sur ordre du roi François II, remplaçant un château médiéval du XIIIe siècle rasé pour l’occasion. Conçue par les ingénieurs Giacomo Castriotto et Jean Errard de Bar-le-Duc, elle intégrait des bastions modernes, une demi-lune (l’Hermitage) et des portes fortifiées comme la Porte de Neptune. Un quartier entier, incluant l’église Saint-Nicolas, fut détruit pour son édification, seul l’hôtel d’Escalles étant épargné pour loger le commandant.
En 1596, lors de la guerre franco-espagnole, la citadelle fut assiégée par l’archiduc Albert d’Autriche. Malgré une résistance acharnée menée par le chevalier Noir (Michel Patras de Campaigno), le bastion nord-est céda, et Calais tomba temporairement aux mains des Espagnols jusqu’au traité de Vervins (1598). Ce siège marqua un épisode sanglant, avec pillages et massacres perpretés par les troupes ennemies.
Au XVIIe siècle, la citadelle devint un enjeu majeur pour les souverains français. Richelieu y fit construire un arsenal, des souterrains et des moulins en 1632, tandis que Vauban, sous Louis XIV, renforça ses fortifications après la reconquête de Dunkerque (1658). Elle servit aussi de prison, comme pour l’officier Claude de Forbin en 1691. Une église Saint-Nicolas, reconstruite en 1605, y fonctionna jusqu’à la Révolution.
Lors de la Seconde Guerre mondiale, la citadelle fut bombardée en 1940 par l’artillerie allemande. Après 36 heures de siège, elle tomba le 26 mai, malgré une résistance héroïque. Les Allemands la transformèrent en dépôt de munitions et en bunker, l’intégrant tardivement au Mur de l’Atlantique (1944) sous le nom de nid de résistance Poseidon. Les destructions furent totales, ne laissant debout aucun bâtiment.
Au XIXe siècle, la citadelle fut adaptée à des usages militaires modernes : casernes pour 1 000 hommes, magasins à poudre (système Séré de Rivières), et écuries doublées sur le rempart sud. Après 1945, elle fut reconvertie en complexe sportif (Stade du Souvenir), abritant terrains de football, athlétisme et tir, tout en conservant des vestiges classés comme les portes de Boulogne et de l’Hermitage (monuments historiques depuis 1939 et 1990).