Origine et histoire de la Citadelle
La citadelle de Port-Louis trouve ses origines dans un projet de 1486 initié par le duc François II de Bretagne, visant à sécuriser l’entrée de la rade de Lorient par une tour fortifiée. Bien que financé pour son utilité commerciale et stratégique (« pour la beauté du havre et la sureté des marchands »), le projet est abandonné à sa mort en 1488, ne laissant que des fortifications urbaines mineures au siècle suivant.
Pendant les guerres de la Ligue (fin XVIe siècle), le site gagne en importance stratégique. Occupée par les troupes du duc de Mercœur en 1589, puis par les Espagnols alliés à partir de 1590, la place est fortifiée sous la direction de l’architecte Cristóbal de Rojas. Deux bastions à orillons arrondis, typiques de l’époque, sont érigés en 1591. Les Espagnols conservent la citadelle jusqu’au traité de Vervins (1598), date à laquelle le maréchal de Brissac en ordonne la destruction partielle, épargnant cependant bastions, courtines et casernes.
La citadelle actuelle est reconstruite entre 1618 et 1621 sous Louis XIII, qui élève Port-Louis au rang de ville royale. Bien que souvent associée à Vauban, ses contributions se limitent aux bâtiments de la basse-cour (arsenal, parc à boulets) postérieurs. Au XVIIIe siècle, des aménagements (citernes, puits, potagers) renforcent son autonomie lors des sièges. La citadelle joue un rôle clé dans la défense de la rade, notamment avec l’implantation de la Compagnie des Indes orientales (1666) et la création de Lorient. Elle reste un poste militaire jusqu’en 2007, après avoir été occupée par les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale.
L’architecture actuelle mêle des éléments des XVIIe et XVIIIe siècles, comme la grande poudrière (1750–1752), conçue par l’ingénieur Félix-François Le Royer de la Sauvagère. Ce bâtiment en granit, voûté de briques, stockait jusqu’à 120 000 livres de poudre pour les forts et vaisseaux. Classée Monument Historique en 1948 (citadelle et remparts) et 1999 (poudrière), la citadelle abrite aujourd’hui le musée de la Compagnie des Indes et le musée national de la Marine, témoignant de son passé maritime et stratégique.
Les remparts et bastions, partiellement modifiés au XIXe siècle (rampe d’accès de 1850), illustrent l’évolution des techniques militaires. Parmi les éléments protégés figurent aussi la petite poudrière, les esplanades des Pâtis et du Bois d’Amour, et le parc à boulets. La citadelle, propriété partagée entre la commune, l’État et des privés, reste un symbole du patrimoine breton lié à la défense côtière et au commerce colonial.