Origine et histoire
La cité gréco-romaine d’Olbia-Pomponiana, surnommée « Olbia de Provence », fut fondée vers 325 av. J.-C. par des colons massaliotes (Marseille) sur l’actuelle commune d’Hyères (Var). Son nom grec, Olbia (« la prospère »), reflète son rôle stratégique : escale commerciale protégée sur la route maritime entre Massalia et l’Italie. Strabon et le pseudo-Scymnos la citent parmi les colonies ligures de Massalia. Organisée comme une colonie-forteresse, elle abritait environ 720 habitants (soldats, pêcheurs, agriculteurs) dans une enceinte carrée de 165 m de côté, divisée en îlots standardisés. Son port, aujourd’hui submergé, assurait abri et réparation aux navires.
À l’époque romaine, Olbia devient le vicus Pomponiana, mentionné par Pomponius Mela en 43 ap. J.-C. entre Athénopolis (Saint-Tropez) et Tauroentum (Le Lavandou). Le nom Pomponiana apparaît dès le IIe siècle dans l’Itinéraire d’Antonin, bien que le site conserve aussi son nom grec : Étienne de Byzance évoque encore Olbia ligystide au Ve siècle. La cité décline après la chute de Rome, avant d’être définitivement abandonnée au VIIe siècle sous Gontran Ier, en raison de l’ensablement du port et de l’insécurité croissante. La population se réfugie alors sur les hauteurs.
Les fouilles, initiées au XIXe siècle et systématisées par Jacques Coupry (1947–1971) puis Michel Bats (1982–2008), ont révélé un urbanisme rigoureux : remparts flanqués de tours, îlots d’habitation identiques (3 lots de 120 m2 par famille), et sanctuaires dédiés à Artémis (grand sanctuaire de l’Ouest) et Aphrodite (près du rempart nord). Un dépôt de 100 monnaies massaliotes du IIIe siècle av. J.-C. et une inscription latine du IIIe siècle ap. J.-C. (Genio Viciniae Castellanae Olbiensium) confirment son lien avec Massalia et sa romanisation progressive. Le site, classé Monument Historique (1926, 1947, 1951), est aujourd’hui propriété de la commune d’Hyères.
Les campagnes récentes (2010–2025) ont exhumé un complexe thermal romain, des tombes à crémation (nécropole extérieure), et des traces d’activités artisanales (pressoir, sol en opus signinum). Le PCR Sanctuaires urbains (depuis 2019), dirigé par Réjane Roure, réétudie les sanctuaires d’Artémis et d’Aphrodite, laissés inachevés par Coupry. Une fouille préventive en 2025, liée à la requalification de la route D559, a révélé 24 tombes et un mur romain en réemploi, témoignant d’une occupation artisanale postérieure à la période grecque.
Olbia illustre la transition culturelle entre monde grec et romain en Provence : fondée comme avant-poste massaliote, elle devient un relais commercial romain avant de décliner face aux invasions et à l’érosion côtière. Son plan orthogonal, ses remparts, et ses sanctuaires en font un modèle d’urbanisme colonial, tandis que les découvertes monétaires et épigraphiques éclairent ses échanges avec Massalia et l’Italie. Le site, ouvert au public, fait l’objet d’expositions comme « Des bulles et des blocs » (2023).