Origine et histoire du Collège des Godrans
Le Collège des Godrans de Dijon fut fondé en 1581 par Odinet Godran, président du Parlement de Bourgogne, qui offrit son hôtel particulier aux Jésuites pour y établir un collège. Les travaux, initiés vers 1585 sous l’impulsion du duc de Mayenne, furent interrompus en 1594 par le bannissement des Jésuites, avant de reprendre en 1603 après la levée de l’interdiction. L’architecte Étienne Martellange supervisa alors la construction, notamment celle de la chapelle, consacrée en 1617. Une bibliothèque privée, enrichie par des dons comme celui de Bernard Martin en 1632, fut aménagée sous les combles dans la salle des devises, décorée de caissons peints entre 1654 et 1657.
En 1701, Pierre Fevret légua sa bibliothèque personnelle au collège, imposant son accès public deux jours par semaine, marquant la naissance de la première bibliothèque publique dijonnaise. Après l’expulsion des Jésuites en 1763, la Ville de Dijon prit en charge le collège, et l’abbé Boullemier unifia les collections dans une nouvelle salle, inspirée de la Bibliothèque royale, achevée en 1792. La Révolution transforma le collège en dépôt de livres nationaux confisqués, puis en École centrale en 1795, avant son transfert à la municipalité en 1803.
Au XIXe siècle, le bâtiment abritera successivment une école normale, une école primaire, et enfin, en 1909, la bibliothèque municipale, installée dans l’ancienne chapelle jésuite. Les collections s’enrichirent grâce à des dons majeurs, comme ceux de Jules Legras (fonds russe) ou Henri Breuil (manuscrits médiévaux). Aujourd’hui, la Bibliothèque Patrimoine et Étude conserve plus de 500 000 documents, dont 4 000 manuscrits, 245 incunables, et un globe terrestre géant du XVIIIe siècle, dans des salles classées Monuments Historiques comme la salle des devises ou la salle Boullemier.
L’architecture du collège témoigne de son histoire jésuite : la porte monumentale de la chapelle (1615), sculptée par Pierre Dubois, le Puits d’amour (1543) transplanté dans la cour, ou encore les décors peints de la chapelle, aujourd’hui salle de lecture. Les salles historiques, comme celle du Globe (abritant un globe de 1,94 m de diamètre), ou la salle des mémoires, rappellent son rôle éducatif et culturel depuis quatre siècles.
Parmi les trésors conservés figurent des manuscrits de l’abbaye de Cîteaux (XIIe siècle), un recueil des Privilèges de Cîteaux imprimé en 1491, ou encore un manuscrit de l’Histoire ancienne jusqu’à César réalisé à Saint-Jean-d’Acre (1260–1270). Ces collections, complétées par des fonds gastronomiques (19 000 menus) ou bourguignons, en font un lieu majeur du patrimoine écrit français.