Origine et histoire du Collège des Jésuites
Le Collège des Jésuites de Gray trouve ses origines en 1583, lorsque fut construit un premier collège sur la Grande Rue pour remplacer un bâtiment en ruine. En 1611, une mission jésuite s’implante à Gray, devenant une résidence permanente en 1634. Après la guerre de Dix Ans, les jésuites prennent la direction du collège en 1653, marquant le début d’une phase de reconstruction majeure.
Entre 1659 et 1667, l’édifice est entièrement reconstruit, comme en témoigne la date gravée sur le portail principal, financée en partie par Rémi Dujard, bourgeois local. Une aile supplémentaire est ajoutée en 1673, suivie de la construction de la chapelle (première pierre en 1678, consécration en 1682). Le jardin est agrandi au début du XVIIIe siècle après la démolition des remparts de la ville.
L’histoire du collège est marquée par des bouleversements : expulsion des jésuites en 1765, fermeture en 1792, puis réouverture en 1804. Au XIXe siècle, d’importants travaux transforment le bâtiment : démolition de l’aile droite en 1880 (remplacée par une école primaire), surélévation du bâtiment principal en 1886 avec ajout d’un fronton aux armes de la ville, et restauration globale achevée en 1889. Le portail du XVIIe siècle, seul vestige conservé, est alors réinscrit avec la mention « Restauré l’an 1889 ».
Au XXe siècle, le lycée s’étend sur l’emplacement de l’ancien jardin régulier, effaçant partiellement les traces du collège d’origine. Aujourd’hui, seule l’ancienne chapelle, classée Monument Historique en 1984, subsiste comme témoin majeur de ce passé éducatif et religieux.
Le collège illustre l’influence des jésuites en Franche-Comté, région alors marquée par les conflits religieux et les reconstructions post-guerre. Son architecture, mêlant classicisme et éléments baroques (voûtes ogivales de la chapelle), reflète les standards éducatifs de la Contre-Réforme, où les collèges servaient à la fois d’outils de formation et de rayonnement catholique.
Les transformations des XIXe-XXe siècles, motivées par des besoins scolaires modernes, ont profondément altéré la structure initiale. Pourtant, les inscriptions conservées (portail de 1667, devise municipale « Trois fois victorieuse des flammes ») rappellent son héritage jésuite et son rôle central dans l’histoire urbaine de Gray.