Origine et histoire du Collège des Jésuites
Le Collège des Jésuites de Metz trouve son origine dans l’ancienne abbaye Saint-Clément, fondée en 1669 sous l’abbatiat de François Reynel. Les travaux, débutés par le cloître, s’étalent jusqu’en 1737 avec la finalisation du portail de l’église conventuelle. Les architectes Jean Spinga et Lapierre, ainsi que des artisans comme Pierre Le Moyne, y contribuent. Les bâtiments conventuels, organisés autour d’un cloître, abritaient réfectoire, salle du chapitre, et chambres des moines. Après la Révolution, l’abbaye est confisquée et transformée en entrepôt militaire.
En 1855, la Compagnie de Jésus acquiert le site pour y établir un collège. Deux projets successifs, menés par le père Mathieu Lauras et son élève Edmond Duthoit, transforment les lieux : construction de nouveaux corps de bâtiments autour d’une cour dite « du parloir », incluant une chapelle au rez-de-chaussée, et surélévation des anciens bâtiments. Les façades, marquées par des campagnes de travaux distinctes (milieu XIXe siècle et fin XVIIe-début XVIIIe), reflètent cette évolution architecturale complexe.
Le collège connaît une histoire mouvementée : expulsion des Jésuites en 1872 après l’annexion allemande, réutilisation comme école normale, hôpital pendant la Première Guerre mondiale, puis réouverture en 1919. En 1932, de nouveaux travaux alignent la façade ouest. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les bâtiments servent de camp de triage pour travailleurs étrangers, puis de centre de rapatriement. Fermé définitivement en 1970, le site est restauré dans les années 1980 pour devenir l’Hôtel de Région du Grand Est.
L’architecture du collège mêle héritage baroque (cloître, chapiteaux à crochets) et ajouts néoclassiques (baies en plein cintre, corniches moulurées). Les deux cours centrales, entourées de galeries voûtées, structurent l’ensemble. La chapelle de la Congrégation, au rez-de-chaussée du corps sud, se distingue par ses baies à tympans ajourés et ses colonnettes finement ouvragées. Les escaliers intérieurs, en pierre ou fer forgé, illustrent le soin apporté aux détails.
Classé Monument Historique, le site conserve des éléments protégés comme l’ancienne chapelle et son décor (classement de 1992). Les restaurations des années 1980 ont préservé les façades et réaménagé les intérieurs pour un usage administratif, tout en intégrant des infrastructures modernes comme une salle des délibérations souterraine et un parking sous le square Alexis de Tocqueville.