Origine et histoire du Collège des Jésuites
Le collège des Jésuites de Saint-Omer, fondé en 1568 à l’initiative de l’évêque Gérard d’Haméricourt, visait à contrer l’influence protestante dans les Pays-Bas espagnols. Installé rue du Viel Brusles (actuelle rue Gambetta), il accueillait 200 élèves dès son ouverture, avec des cours d’humanités, philosophie et théologie. La chapelle initiale, construite en 1569-1570, devint le lieu de sépulture de l’évêque, qui soutint financièrement l’institution jusqu’à sa mort.
Au XVIIe siècle, le collège connut un essor culturel et religieux, marqué par des représentations théâtrales annuelles (comme La Vie de Saint-Martin en 1581) et la création de sodalités mariales. En 1585, une maison de formation pour jésuites fut ajoutée, et le nombre d’élèves dépassa 600 en 1591, attirant des étudiants de France, des Pays-Bas, et même d’Angleterre (collège des jésuites anglais fondé en 1593). Malgré les guerres et épidémies (peste en 1595), l’institution maintint ses activités, combinant éducation gratuite et missions caritatives.
La construction d’une nouvelle chapelle, débutée en 1620 sous la direction du frère Jean Du Blocq, s’acheva en 1640 après des interruptions liées aux conflits franco-espagnols. Le collège survécut aux sièges de Saint-Omer (1638) et à la peste, célébrant en 1640 le centenaire de la Compagnie de Jésus. Après le traité des Pyrénées (1659), l’Artois fut rattaché à la France en 1678, mais les jésuites conservèrent leur autonomie face aux pressions gallicanes de Louis XIV. Le séminaire épiscopal, initialement lié au collège, devint indépendant en 1691.
Le XVIIIe siècle marqua un déclin progressif : le nombre d’élèves chuta (280 vers 1750), et des conflits avec l’évêque janséniste François de Valbelle limitèrent l’enseignement de la théologie morale. Malgré des travaux de reconstruction (1733-1752), la suppression de l’ordre des Jésuites en 1762 par le Parlement de Paris entraîna leur expulsion. Le collège fut repris par des prêtres de la Doctrine chrétienne en 1777, avant d’être fermé en 1792 pendant la Révolution.
Transformé en prison, asile ou magasin sous la Révolution, le site redevint un établissement scolaire en 1802 (collège impérial en 1808, puis lycée en 1848). Depuis 1924, il abrite le lycée Alexandre-Ribot. La chapelle, classée monument historique en 1942, et les bâtiments partiellement inscrits en 1977, rappellent son héritage jésuite et son rôle central dans l’histoire éducative de Saint-Omer.