Origine et histoire de la Collégiale des Roches-Tranchelion
Le site des Roches-Tranchelion, sur la commune d'Avon-les-Roches à environ deux kilomètres à l'est du bourg, rassemble les ruines d'un château du XVe siècle et d'une collégiale de la première Renaissance ; l'ensemble est classé au titre des monuments historiques depuis 1914. Le domaine, d'abord appelé « des Roches », a changé de mains à plusieurs reprises, par mariages, donations, échanges ou achats, et son histoire reste connue de façon fragmentaire. Le nom de Tranchelion renvoie au bourg de Pierre-Buffière en Limousin ; avant 1365 Huguenin de Tranchelion épousa Jeanne Payen, détentrice du fief de Palluau, et fit aveu de cette seigneurie le 12 novembre 1365. Leur descendant Guillaume de Tranchelion, chambellan des rois Charles VI puis Charles VII, épousa vers 1425 Guillemette Horric, héritière du fief des Roches à Avon-les-Roches ; il prit alors possession du domaine et y fit bâtir le château, auquel il adjoignit en 1440 une chapelle castrale dédiée à Marie-Madeleine, pour laquelle Charles VII accorda la permission de renforcer les fortifications. Charles VII séjourna à plusieurs reprises aux Roches-Tranchelion et y tint en juillet 1449 un conseil important, ce lieu étant également, selon la tradition locale, l'un de ses rendez‑vous de chasse accompagnés d'Agnès Sorel. Le domaine passa ensuite à Hardouin de la Tousche, attesté en 1468, dont le fils Lancelot lui succéda en 1508. À l'emplacement de l'ancienne chapelle castrale Lancelot de la Tousche entreprit vers 1510 la construction d'une collégiale destinée à abriter les sépultures familiales ; le chantier s'acheva vers 1524 et la collégiale fut consacrée le 13 août 1527 par Martin de Beaune, archevêque de Tours. L'acte de fondation précise sa double vocation, funéraire et paroissiale, et prévoit sa desserte par un collège de cinq chapelains ; le fief et la collégiale, parfois appelés « Roches-l'Archidiacre », dépendaient alors de la châtellenie de L'Île-Bouchard. Par mariage, la seigneurie passa ensuite aux Montgommery, puis aux Durfort de Duras, avant d'être cédée en 1683 à Gabriel-Henri de Beauvau et, au début du XVIIIe siècle, d'entrer par alliance dans la famille de Choiseul-Praslin. En dépit de son importance historique, le château n'a laissé que des vestiges épars : pans de mur et une tour d'angle subsistent, et le plan cadastral de 1831 ne signalait déjà plus que quelques tronçons de mur et deux tours. La collégiale, construite en tuffeau blanc sur le soubassement de l'ancien château, conserve des ruines plus imposantes ; ses voûtes s'élèvent à plus de douze mètres et l'édifice présente un plan en croix latine avec une large nef de deux travées sans bas-côtés, voûtée en ogives et éclairée par des baies sur le mur sud. Au-delà de la croisée se trouve l'abside, le croisillon nord est flanqué d'une tour d'escalier hexagonale et une crypte voûtée occupe l'espace sous le chœur. La façade occidentale est dominée par une grande arcade ornée d'éléments mêlant le style flamboyant et la Renaissance primitive : registres superposés séparés par des pilastres décorés de losanges et de rosaces, médaillons, compartiments de voussure figurant des séraphins surmontés d'une coquille, et sous la clé un haut-relief représentant Dieu le Père assis, entouré d'anges et tenant le globe terrestre ; des niches à statues, pour la plupart vides, rythment également la façade. Selon l'abbé Jean-Jacques Bourassé, la collégiale est contemporaine et proche par le style de la Sainte-Chapelle de Champigny-sur-Veude, de la chapelle du château d'Ussé et de l'église Saint-Jean-Baptiste de Montrésor. Après d'importants dommages subis pendant les guerres de religion, la collégiale fut progressivement délaissée autour de 1600, puis desservie de façon irrégulière jusqu'à la Révolution avant d'être totalement abandonnée. En 1966, lors d'aménagements des abords, un bulldozer mit au jour un trésor de 214 pièces d'or pesant au total un kilogramme, enfoui après 1619 ; cette découverte fut déposée au Cabinet des médailles de la BnF puis partiellement dispersée en 1968. Une association, Les amis des Roches Tranchelion, a été créée le 14 décembre 2013 pour promouvoir la valorisation culturelle et touristique du site, dont l'état et la sécurité continuent d'inquiéter la presse régionale, la voûte du transept nord paraissant particulièrement exposée.