Origine et histoire de la Collégiale du Saint-Sépulcre
La collégiale du Saint-Sépulcre de Caen fut fondée au XIIIe siècle par le prêtre Guillaume Acarin, conseiller des rois Philippe Auguste et Louis VIII. Inspiré par un pèlerinage à Jérusalem, il érigea cette église sur le modèle du Saint-Sépulcre, avec une chapelle reproduisant le tombeau du Christ. L’édifice abritait des reliques prestigieuses, comme un fragment de la Vraie Croix, attirant des processions annuelles, notamment lors du dimanche des Rameaux et du Vendredi saint. Le chapitre initial comptait seize chanoines, réduits plus tard à dix, dirigés par Acarin lui-même.
L’église, située hors des remparts de Caen, fut pillée en 1346 lors de la prise de la ville. Pour se protéger, les chanoines obtinrent l’autorisation de construire une enceinte fortifiée avec fossés et balistes, mentionnée en 1372. Ces défenses, mal entretenues, disparurent avant le XVIe siècle. En 1417, les Anglais s’emparèrent de l’édifice et emportèrent la relique de la Vraie Croix, avant de la restituer selon la tradition, après des malheurs interprétés comme des châtiments divins. Les huguenots détruisirent partiellement l’église en 1562, et le duc de Bouillon, gouverneur de Normandie, fit raser les vestiges en 1563 sous prétexte stratégique.
Après sa destruction, les chanoines s’installèrent dans la chapelle Sainte-Anne adjacente. Au XVIIIe siècle, l’architecte Jean Boisard agrandit l’édifice en ajoutant un clocher octogonal et deux chapelles, typiques du classicisme français. La Révolution dissout la collégiale en 1791, et l’église fut ensuite utilisée comme dépôt d’artillerie, puis comme archives départementales. Classée monument historique en 1934, elle abritait après 1963 les collections du musée des Antiquaires de Normandie. Endommagée lors de la bataille de Caen en 1944, elle fut restaurée et accueille aujourd’hui des événements culturels, dont des résidences de danse contemporaine.
L’architecture actuelle mêle des vestiges médiévaux, comme une porte du XIIe siècle à décor de frettes crénelées, et des éléments du XVIIIe siècle, tels le clocher à dôme octogonal. La nef, longue de 53 mètres, conserve une contre-courbe caractéristique. Le site, d’une emprise au sol de 674 m2, domine le quartier du Vaugueux, témoin de huit siècles d’histoire religieuse et militaire.
Au XXe siècle, l’église échappa de peu à la destruction en 1911 grâce à des associations locales, qui sauvèrent son clocher jugée « pittoresque ». Occupée par les archives départementales jusqu’en 1962, elle fut cédée à la ville de Caen et rouvrit comme espace culturel. Depuis 2019, elle abrite le Collectif Chorégraphique, organisateur du festival Morpho, perpétuant ainsi sa vocation de lieu de rassemblement, bien loin de ses origines religieuses.