Origine et histoire de la Collégiale Notre-Dame
La collégiale Notre-Dame d'Écouis, située dans le petit village d'Écouis en Normandie, fut fondée au début du XIVe siècle par Enguerrand de Marigny, natif de Lyons-la-Forêt et ministre des finances de Philippe le Bel. Ce dernier, propriétaire d’un riche domaine à Écouis incluant un hôpital et un collège de chanoines, entreprit sa construction entre 1310 et 1313. L’édifice, dédié à Notre-Dame de l’Assomption, remplaça une ancienne église dédiée à saint Aubin et fut érigé avec 4 000 pierres de Vernon. Il reçut les approbations royale, épiscopale (archevêque de Rouen Bernard de Farges) et papale (Clément V) avant sa consécration le 9 septembre 1313.
Enguerrand de Marigny, disgracié et exécuté en 1315, fut inhumé dans le chœur de la collégiale en 1326 après le retour de sa dépouille. L’édifice, de plan cruciforme, se distingue par un chœur plus long que la nef (20,90 m contre 15,65 m) et une façade gothique normande encadrée de deux tours massives évoquant l’art roman. La voûte, initialement lambrissée, fut refaite en briques en 1768. Au fil des siècles, la collégiale accueillit des rois comme Louis XI et Louis XII, ainsi que saint Vincent de Paul en tant que chanoine. Elle devint un temple de la Raison pendant la Révolution, perdant alors sa flèche et une partie de son mobilier.
Classée monument historique en 1913, la collégiale conserve des éléments remarquables comme 36 stalles du XIVe siècle parmi les plus anciennes de France, une chaire du XIIe siècle, et des statues des XIVe et XVe siècles (sainte Cécile, saint Martin, Ecce Homo). Son orgue numérique, installé en 2008, remplace un orgue historique jugé trop coûteux à restaurer. La chapelle Saint-Aubin, ajoutée en 1528 dans le style gothique flamboyant, et la verrière occidentale géante illustrent l’évolution architecturale de l’édifice, mêlant influences romanes et gothiques.
Le mobilier inclut des retables et boiseries du XVIIe siècle, des fonts baptismaux du XVIIIe siècle, et une statuaire riche, dont un groupe de l’Annonciation et une sainte Marguerite. La collégiale, initialement conçue pour neuf chanoines plus trois dignitaires, fut supprimée comme institution en 1790. Son dernier chanoine, Antoine Marie François Hallé d’Amfreville, fut exécuté en 1794 pour refus de serment. Rendue au culte après la Révolution, elle devint l’église paroissiale d’Écouis, perpétuant son rôle central dans la vie locale.
L’édifice, construit en pierre de Vernon, se singularise par l’absence de tour centrale au-dessus de la croisée du transept, contrairement aux autres collégiales normandes de l’époque. Parmi les vitraux originaux, seul subsiste un oculus quadrilobé du XIVe siècle représentant le Christ en croix avec la Vierge et saint Jean. La collégiale, aujourd’hui propriété de la commune, reste un témoignage exceptionnel du mécénat d’Enguerrand de Marigny et de l’art gothique en Normandie.