Origine et histoire de la Collégiale Notre-Dame
La collégiale Notre-Dame de Lamballe, aussi appelée Notre-Dame-de-Grande-Puissance, est une ancienne collégiale située dans les Côtes-d’Armor, classée Monument Historique dès 1848. Sa construction s’échelonne du XIIe au XVIe siècle, mêlant éléments romans (portails nord et ouest), gothiques rayonnants (chœur, transept sud) et flamboyants (chapelles nord). L’édifice, initialement lié au château de Lamballe, fut fortifié au XIVe siècle par Charles de Blois pendant la guerre de Succession de Bretagne, intégrant tourelles, créneaux et casemates pour en faire un élément clé des défenses locales.
L’histoire de la collégiale est indissociable de celle des comtes et ducs de Penthièvre. Fondée près d’une chapelle castrale mentionnée dès 1083, elle est dédicacée vers 1202 par l’évêque Geoffroy Hernon. Au XIIIe siècle, Geoffroy Botterel III et Alain de Penthièvre contribuent à sa construction, tandis qu’au XIVe, Jeanne de Penthièvre et Charles de Blois y ajoutent des chapelles sud et des fortifications. Marguerite de Clisson, au XVe siècle, finance le jubé, la verrière du chœur et la reconstruction du collatéral sud, malgré les conflits liés à ses ambitions ducales.
La collégiale subit des dommages lors des guerres de Religion et de la Ligue (XVIe siècle), puis se dégrade aux XVIIe–XVIIIe siècles, avec des effondrements partiels et la perte de sa flèche. Au XIXe siècle, une restauration majeure (1850–1857) reconstruit la nef à l’identique, renforce les fondations sud menacées par une carrière, et ajoute une sacristie en 1885. Son architecture unique, combinant fonctions religieuses et militaires, témoigne des luttes de pouvoir en Bretagne médiévale et moderne.
Les façades extérieures reflètent cette diversité stylistique : la façade ouest, roman-gothique, arbore un portail sculpté et un écu de Bretagne ; la façade sud montre des chapelles du XVe siècle et une tour fortifiée ; le chevet plat, flanqué de tourelles, date du XIVe siècle. À l’intérieur, la nef, reconstruite au XIXe, conserve des arcades roman-gothiques, tandis que le chœur présente des élévations asymétriques (triforium nord à balustrade quadrilobée vs sud à arcatures trilobées), illustrant les campagnes de construction successives.
Le clocher, plusieurs fois remanié, perd sa flèche après 1626, remplacée par une terrasse. Les vitraux, dont la grande verrière du chœur (détruite au XIXe), et le jubé de 1414–1415 (disparu) rappellent le mécénat de Marguerite de Clisson. La collégiale, épargnée lors des destructions du château en 1420 et 1626, incarne la résilience d’un patrimoine marqué par les conflits bretons, des guerres féodales à la Révolution, où elle devint un temple de la Raison.
Aujourd’hui, la collégiale Notre-Dame de Lamballe reste un témoignage exceptionnel de l’architecture religieuse fortifiée, où se superposent près de cinq siècles d’histoire bretonne, des comtes de Penthièvre aux restaurations du Second Empire.